Si le scrutin a été marqué par une poussée de l'extrême droite dans certains pays, dont la France, la coalition sortante conserve la majorité au Parlement européen.
Mais les futures alliances de circonstance décideront de l'avenir du Green Deal, cet ensemble de mesures environnementales qui a marqué les cinq dernières années.
L'un des enjeux sera l'application concrète de ces dispositions dans chaque État membre.

À l'issue des élections européennes, les mauvais résultats des partis écologistes dans certains pays – la France et l'Allemagne essentiellement – ont été perçus comme un signal de mauvais augure pour le Green Deal, le fameux Pacte Vert constitué de mesures environnementales destinées à permettre aux Vingt-sept d'atteindre la neutralité carbone en 2050 (fin des voitures diesel neuves en 2035, taxe carbone aux frontières, doublement de la part des énergies renouvelables, loi sur la restauration de la nature, entre autres). Les Verts chutent en effet à 52 sièges, contre 70 lors de la précédente législature. 

Mais au Parlement européen, c'est la coalition sortante - et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen - qui a porté le Green Deal. Or, à l'issue du scrutin, celle-ci conserve son avance : selon les dernières projections, la droite du PPE décrocherait ainsi 189 sièges, les sociaux démocrates S&D 135 et Renew Europe 83. Soit 404 sièges sur un total de 720.

Des reculs environnementaux avant même les élections

De quoi assurer la poursuite du Green Deal et la mise en œuvre de ses mesures clés dans les pays membres de l'Union européenne ? Pas forcément, car il y a plusieurs inconnues : le maintien de l'union de cette coalition, qui a déjà tangué les semaines précédant le scrutin (y compris au sein même des différentes formations qui la composent), l'identité des personnalités nommées aux postes clés de l'UE et les compromis et autres négociations qui ont mené à leur élection ; et enfin, les alliances de circonstance sur les textes à venir.

Selon une règle non écrite, le vainqueur des élections européennes peut revendiquer la présidence de la Commission européenne. Candidate à sa succession, Ursula von der Leyen pourrait donc être réélue (mi-juillet ou en septembre selon le calendrier retenu). Mais sa réélection n'assure pas forcément la poursuite du Green Deal, désigné comme bouc émissaire ces dernières semaines, notamment dans le cadre de la crise agricole, avec plusieurs reculs notables au niveau européen (la disparition du texte sur les pesticides, par exemple) qu'elle a elle-même défendus. 

Le PPE avec les Verts ou avec Meloni ?

Cela dépendra aussi des alliances nouées pour la faire élire : ce n'est pas la même chose si elle est élue en partie grâce aux votes des députés issus des Conservateurs européens, des non-inscrits ou des Verts. Le chef de file écologiste pour les européennes, le Néerlandais Bas Eickout, a d'ores et déjà fait savoir que l'approfondissement du Pacte vert était "un élément très important" du futur programme de la Commission.

Mais son soutien aura une condition : refus de tout rapprochement avec l'Italienne Giorgia Meloni. Or, le PPE a déjà ouvert la porte à une alliance avec l'ECR de la présidente du gouvernement italien, dont la formation a exprimé ses réticences à l'égard du Green Deal. 

Au sein de l'UE, plusieurs partis européens ont en effet fait de la politique environnementale ambitieuse des Vingt-sept la source des problèmes économiques et sociaux des Européens : c'est le "green blaming", une expression qui décrit la tendance à faire de l'écologie le bouc-émissaire de toutes les difficultés.

Mais du fait des résultats des européennes en France et en Allemagne, le PPE et ses alliés devront envoyer des signaux aux électeurs européens qui ont voté pour les extrêmes, notamment sur deux sujets phares : immigration et... environnement. 

De ces alliances futures – en discussion dans les prochaines semaines, mais qui se noueront après les législatives françaises – dépendra en grande partie l'avenir du Green Deal. 

Si l'essentiel des mesures clés du Green Deal ont été votées, il reste plusieurs inconnues :

 - le verdissement de l'agriculture (repoussé après la crise agricole et sur lequel les députés n'ont pu trouver d'accord) ;

- l'application des différentes directives issues du Green Deal dans les pays membres : ils ont deux ans pour le faire et en France, par exemple, la situation pourrait être très différente selon les résultats des législatives ;

- sur la fin des voitures diesel neuves dans l'UE en 2035 (et que plusieurs candidats de droite et d'extrême droite veulent repousser), la Commission européenne doit établir avant 2026 un rapport d'étape sur les progrès réalisés en matière de décarbonation des véhicules, portant notamment sur "la contribution potentielle des technologies innovantes et des carburants alternatifs durables, y compris des carburants de synthèse". Le 100% électrique et hydrogène pourrait à cette occasion être affaibli, compliquant la transition du continent européen.

- et enfin, la feuille de route climatique de l'UE à mi-parcours : dans un document publié avant les élections, la Commission européenne recommandait de viser en 2040 une baisse nette de 90%, ce qui reviendrait à poursuivre le même rythme de réduction que sur la période 2020-2030. Mais la prochaine Commission issue du scrutin devra soumettre aux États et au Parlement européen renouvelé une proposition législative formelle, décrivant les chemins pour parvenir à cette baisse. Une discussion plus difficile au lendemain du scrutin.


Marianne ENAULT

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