La station pyrénéenne d'Artouste espère déployer une piste synthétique dès cet hiver pour maintenir son activité.
L'infrastructure, financée par la région et l'État, est dénoncée par les élus écologistes, qui craignent une contamination des nappes par le plastique.
Le maire de la commune défend une installation vertueuse premettant de rejoindre le domaine skiable sans neige artificielle.

Dans les Pyrénées, les skieurs ont attendu la fin du mois de février pour dévaler les pentes de la petite station d'Artouste, en face au Pic d'Ossau. Les chutes de neige tardives n'ont pas permis d'ouvrir le domaine plus tôt. Un scénario appelé à se reproduire : le site est l'un des plus vulnérables face au dérèglement du climat, selon un rapport de la Cour des comptes consacré aux stations de ski françaises

"Avec le changement climatique, on voit bien une évolution de l'enneigement", commente Robert Casadebaig, le maire de la commune de Laruns, où se trouve la station. "Nous avons donc choisi de nous diversifier et le ski deviendra un élément non majeur pour l'économie de la vallée."

Ce projet de diversification, dans lequel le ski représenterait 15 à 20% de l'activité économique globale, fait couler beaucoup d'encre. En cause ? Une piste synthétique de 200 mètres de long sur 15 mètres de large, prévue à l'endroit où se trouve actuellement une piste classique.

Des plaques recouvertes de picots

Composée de plaques de plastique recyclé recouvertes de picots et posées au sol, cette nouvelle infrastructure assure, selon son fabricant l'Italien Neveplast, des sensations de glisse à ses pratiquants. Dans les cartons depuis quelques années, son installation a connu un coup d'accélérateur le 13 mai dernier avec le vote d'une subvention de 75.950 euros par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. L'État complète l'enveloppe, avec 220.150 euros. 

Il n'y aura plus de neige de culture sur la station
Le maire de Laruns

Le maire de Laruns vante les mérites de cette piste d'un nouveau genre, écologiquement vertueuse selon lui, car elle va permettre à la station de se passer de la neige artificielle.

Pour comprendre pourquoi, il faut étudier la topographie des lieux : à l'heure actuelle, pendant l'hiver, les skieurs doivent emprunter une piste classique pour rejoindre le domaine skiable situé sur le versant nord et le petit train d'Artouste, véritable attraction touristique de la région. "Demain, ils emprunteront la piste synthétique", explique l'élu local, qui espère qu'elle sera fonctionnelle dès cet hiver. "Il n'y aura plus de neige de culture sur la station, et donc nous économiserons de l'eau et de l'électricité."

Un risque pour l'eau ?

Les élus écologistes sont loin d'être d'accord et dénoncent le soutien néo-aquitain, qu'ils estiment contraire à la feuille de route de la région engagée dans la transition écologiste. "Que vont devenir les plastiques dégradés ?", s'interroge ainsi Stéphane Trifiletti, co-président du groupe Écologiste solidaire et Citoyen au conseil régional. "Des microplastiques risquent de se retrouver dans la nature et contaminer l'eau." Une hypothèse également redoutée par des scientifiques, qui ont exprimé leurs inquiétudes dans les médias. 

Robert Casadebaig balaie ces arguments, décrivant des plaques qui permettent de laisser passer l'eau des pluies et pousser l'herbe.

La station a toujours été déficitaire, même avec de la neige
Stéphane Trifiletti, co-président du groupe écologiste à la région Nouvelle-Aquitaine

Les élus écologistes, eux, demandent une étude d'impact environnemental, mais les services de l'État l'ont déjà jugée inutile. 

"La sous-préfecture de Pau et le Commissariat de Massif, après des études, ont rendu des avis favorables sur la base des études et autorisations en vigueur", rappelle la région Nouvelle-Aquitaine, contactée par TF1info. "Et l’évaluation réalisée conclut que l’installation de cette piste serait sans incidence sur la conservation des sites Natura 2000 et de leurs habitats. La zone Natura 2000 ne sera donc pas, selon eux, menacée."

"Lors de périodes constatées, de plus en plus fréquentes de déficit d’enneigement, la station évitera avec cette alternative, le recours à des équipements de production de neige de culture, consommateurs d'eau", défend encore la région.

Car au-delà de l'impact environnemental de cette installation, c'est tout le débat de l'avenir des stations de ski de moyenne montagne qui se joue. "La station a toujours été déficitaire, même avec de la neige", rapporte Stéphane Trifiletti. "Si nous ne sommes pas arrivés à fidéliser une clientèle quand il y avait de la neige, pense-t-on vraiment pourvoir le faire avec une piste en plastique ?" 

Pour le maire de Laruns, cet équipement ne vise pas à attirer de nouveaux skieurs ou à "faire de la publicité sur du ski toute l'année", mais à conserver la clientèle existante et lui permettre de rejoindre le domaine skiable. "Ces investissements, même si c'est pour 20 ou 30 ans, méritent d'être consolidés", souligne-t-il, insistant sur leur intérêt pour préserver des emplois dans la vallée. 

Et après ? Malgré les prévisions peu optimistes de Météo-France, l'élu n'est "pas inquiet" pour l'avenir du ski à l'horizon 2030, voire 2050. "Notre idée, c'est d'ouvrir quand il y a de la neige et de proposer d'autres activités quand il n'y en a pas."


Marianne ENAULT

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