Le président français a milité, jeudi, pour une "pause réglementaire européenne" en matière de normes environnementales.
Selon lui, l'Union européenne fait "plus que tous les voisins" sur ce sujet.
Une sortie qui ne passe pas chez les écologistes.

"Les Français demandent une pause sur la mise en oeuvre de la réforme des retraites... Macron leur propose une pause sur l'écologie". En marge de la présentation de la stratégie du gouvernement pour accélérer la réindustrialisation de la France, une petite phrase d'Emmanuel Macron n'est pas passée inaperçue. Le chef de l'État français a en effet appelé, jeudi 11 mai, à "une pause réglementaire européenne" en matière de normes environnementales. Une volonté qu'il justifie par le fait que l'Union européenne (UE) a fait "plus que tous les voisins" et qu'elle avait désormais "besoin de stabilité". 

"On est devant, en termes règlementaires, les Américains, les Chinois ou toute autre puissance au monde", a estimé le président devant les représentants de l'industrie française. "Maintenant, il faut qu'on exécute. Il ne faut pas qu'on fasse de nouveaux changements de règles, parce qu'on va perdre tous les acteurs", a-t-il encore plaidé. Sinon le "risque" est "d'être les mieux-disant en termes de réglementation et les moins-disant en termes de financement".

Mercredi, le Conseil d'État lance un nouvel ultimatum au gouvernement pour inaction climatique. Vendredi, le président demande à l'Europe d'arrêter de l'embêter
Christine Arrighi, députée EELV

Une proposition aussitôt fustigée par les écologistes qui y voient ainsi la manifestation du manque d'ambition écologique d'Emmanuel Macron. L'eurodéputé David Cormand a ainsi ironisé sur Twitter, estimant que "le champion de la Terre est de retour". La cheffe de file d'Europe écologique-Les Verts, Marine Tondelier, a de son côté critiqué l'attitude du président : "Les Français demandent une pause sur la mise en œuvre de la réforme des retraites… Macron leur propose une pause sur l’écologie", s'est-elle insurgée

"Mercredi, le Conseil d'État lance un nouvel ultimatum au gouvernement pour inaction climatique. Vendredi, le président demande à l'Europe d'arrêter de l'embêter", a de son côté fustigé l'élue ELLV Christine Arrighi, quand la députée écologiste Karima Delli dénonce un "cynisme et une insincérité assumés". L'association Les Amis de la Terre a, quant à elle, dénoncé une "déclaration irresponsable" et "un grave aveu d'échec", sur franceinfo, estimant que le président envoie "un signal inquiétant et désastreux" quand Greenpeace ironise : "Emmanuel Macron demande une 'pause réglementaire' à la sécheresse et à la sixième extinction de masse, le temps de profiter encore un peu du monde d'avant" et qu'Agir pour l'environnement fustige, dans un communiqué, la "duplcité" d'Emmanuel Macron. "Faire croire à une action climatique ambitieuse tout en étant multi-condamné par le Conseil d’État" est une "ambigüité qui verse dans une sorte de schizophrénie politique pleinement assumée", déplore l'association.

De son côté, l'Élysée a apporté des précisions sur l'appel d'Emmanuel Macron, assurant qu'il n'avait demandé ni une suspension, ni un moratoire et encore moins une abrogation "des normes actuelles en cours de discussion". "Le président ne parle pas de suspension, mais d'exécuter les décisions déjà prises avant de faire de nouveaux changements", a précisé la même source auprès de l'AFP. 

"Les décisions déjà prises constituent ce qu'il y a de plus ambitieux au monde à ce jour (...) Il a affirmé qu’il fallait surtout que ces normes soient déjà appliquées de manière homogène en Europe", détaille encore l'Élysée, assurant que "l'objectif du président de la République est de réindustrialiser la France. Cela se fera en produisant sur notre sol des bien respectueux de l'environnement plutôt que hors d'Europe où il y a des contraintes environnementales moins élevées".


Annick BERGER avec AFP

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