Une étude menée par plusieurs associations dans dix pays européens montre la présence massive dans l'eau d'un produit issu de la dégradation des pesticides, le TFA.
Vingt-trois échantillons d'eaux de surface et six échantillons d'eau souterraine montrent "une contamination générale".
En France, la Seine est l'un des endroits les plus concernés par cette pollution, mais aussi l'Aisne, l'Oise et la Somme.

Une pollution généralisée, et ce, sur tout le territoire européen. Voici la conclusion à laquelle sont arrivées les associations membres du Réseau européen d'action contre les pesticides (PAN Europe) après avoir étudié les eaux de surface et les eaux souterraines de dix pays européens. Dans leurs analyses, réalisées en Allemagne par le Centre technologique de l'eau de Karlsruhe, les experts se sont intéressés à un produit chimique en particulier : le TFA ou "acide trifluoroacétique". 

Il s'agit d'un produit issu de la dégradation des pesticides entrant dans la catégorie des "polluants éternels" (appelés aussi PFAS), ces composés chimiques persistant dans l'environnement, mais sert aussi de produit de départ pour la production de certains pesticides. 

L'Elbe en Allemagne

Vingt-trois échantillons d'eau de surface et six échantillons d'eaux souterraine ont été prélevés : les concentrations de TFA étaient en moyenne de 1180 nanogrammes par litre, soit 70 fois plus élevé que la concentration moyenne de tous les autres PFAS examinés. Pire, dans 23 des 29 échantillons d'eau, les concentrations de TFA dépassaient la valeur limite proposée pour le "PFAS Total" dans la directive européenne sur l'eau potable, précise Générations Futures, une association française membre du réseau européen.

En France, la situation est particulièrement importante dans la Seine, qui arrive en deuxième position des fleuves ou rivières les plus contaminés par le TFA en Europe. Mais d'autres endroits sont concernés, notamment l'Aisne à Choisy-au-Bac, l'Oise à Clairoix et la Somme à Glisy, classés respectivement quatrième, cinquième et septième zones les plus polluées sur les 23 prélèvements d'eau de surface réalisés dans le cadre de cette étude. Dans le reste des pays européens, la contamination est importante dans l'Elbe en Allemagne ou la Mehaigne en Belgique.

Un produit non réglementé

L'enseignement de ces analyses est aussi que cette pollution se trouve loin des sites industriels, près desquels est généralement trouvée la plus grande concentration en PFAS. Ainsi, selon Générations futures, "la contamination n’est pas liée à des hotspots industriels, elle est générale, avec des concentrations remarquablement élevées dans les zones agricoles".

Le réseau appelle à une action urgente alors que le TFA n'est pas spécifiquement réglementé : il est en effet classé comme "non pertinent" par les autorités européennes et échappe donc au seuil (100 ng/litre) limite pour certains pesticides et produits issus de leur dégradation dans les eaux souterraines.

Les associations s'inquiètent de sa persistance dans l'environnement, de l'impossibilité de s'en débarrasser avec les procédés de traitement de l'eau potable habituels et de son "profil toxicologique (qui) laisse encore de nombreuses questions sans réponse". Elles citent notamment une étude ayant conclu à "des malformations oculaires" chez des lapins "ayant reçu du TFA", mais sans conclusion à ce stade sur l'homme.

L'Office fédéral allemand des produits chimiques a récemment informé l'Agence européenne des produits chimiques de son intention de proposer de classer le TFA comme "toxique pour la reproduction". Le réseau PAN Europe demande notamment une "interdiction rapide des pesticides PFAS" et la mise en place d'une surveillance du TFA dans les eaux européennes.


Marianne ENAULT

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