Il n'y a jamais eu autant d'ours dans les Pyrénées et pourtant, ils tuent moins

Publié le 2 avril 2024 à 12h43

Source : JT 13h Semaine

Selon le Réseau ours brun, 83 animaux ont été détectés dans les Pyrénées en 2023, dont seize oursons.
Ces animaux n’ont jamais été aussi nombreux dans les Pyrénées depuis leur réintroduction dans les années 1990.
Cette hausse n'a pas entrainé davantage de prédation dans les troupeaux : au contraire, le nombre d'animaux tués ou blessés par des ours a baissé.

Le 19 mai 1996, l'ours slovène Ziva était la première à être réintroduite dans les Pyrénées, près du village de Melles, en Haute-Garonne. Près de trente ans plus tard, comment se porte la population d'ursidés dans le massif ? C'est la question à laquelle s'attèle le Réseau ours brun, qui dépend de l'Office français de la biodiversité. Les chiffres de son suivi annuel sont dévoilés mardi : le rapport, que TF1Info a pu consulter, indique qu'il n'y a jamais eu autant d'ours dans les Pyrénées depuis leur réintroduction.

Ainsi, en 2023, 83 ours bruns ont été détectés : 37 femelles, 40 mâles et six individus de sexe indéterminé, contre 79 ours en 2022. Parmi eux, 16 oursons, une année également record pour les portées.

Un terrain de jeu de 7 100 kilomètres carrés

Ces chiffres représentent "l'effectif minimal détecté", ce qui veut dire qu'il est possible qu'il y ait davantage d'animaux dans la nature. Les experts collectent différents indices sur le terrain pour établir ce bilan : poils, photos-vidéos automatiques, déprédations, crottes, empreintes et observations visuelles.

Cette évolution, à la hausse, de la démographie d'une population qui se balade entre l'Espagne, Andorre et la France, va de pair avec une extension de leur aire de répartition, désormais estimée à 7 100 kilomètres carrés, soit 1 700 kilomètres carrés de plus qu'en 2022.  "Cette forte augmentation s'explique principalement par plusieurs mouvements de dispersions d'ours mâles subadultes", peut-on lire dans le rapport. Côté français, les ours ont surtout été observés en Ariège et en Haute-Garonne.

Selon l'OFB, le taux d’accroissement moyen annuel entre 2006 et 2022 est estimé à +10,94% pour l’ensemble des Pyrénées.

Un peu plus d'attaques mais moins d'animaux prédatés

Cette augmentation du nombre d'ursidés coïncide-t-elle avec une augmentation des attaques ? C'est la question que tout le monde se pose, le sujet restant sensible dans les régions de réintroduction des animaux, notamment du côté des éleveurs. Les ours s'en prennent aux troupeaux et aux ruchers. 

En 2023, il y a eu davantage d'attaques, mais moins de prédation. Ainsi, l'an dernier "349 attaques d'ours sur bétail ont été recensées et 7 attaques sur ruchers, contre 331 et 0 respectivement en 2022", lit-on dans le rapport. Soit une hausse de 5% des attaques.

Mais le nombre d'animaux tués ou blessés a lui diminué : 552 animaux tués ou blessés en 2023 contre 590 en 2022. Soit une baisse de 7% de la prédation des troupeaux par les ours.  "Depuis 2019, l’année 2023 est l’année où le nombre annuel d’animaux tués ou blessés est le moins élevé", notent les auteurs du rapport (voir courbe ci-dessous), qui expliquent les pics d'attaques au fil des années par des "comportements individuels d'ours".

"Le nombre moyen d’animaux tués et/ou blessés par attaque est de 1,58, ce qui en fait une des moyennes les moins élevées depuis 1996", précise encore le rapport.

Evolution du nombre d'attaques depuis 1996.
Evolution du nombre d'attaques depuis 1996. - Réseau ours brun / OFB

"Sept attaques sur ruchers ont été dénombrées en 2023 alors qu’aucune n’avait été constatée en 2022, précise encore le Réseau ours brun. Comparées aux attaques sur cheptel domestique, les attaques sur ruchers sont peu fréquentes et relativement stables dans le temps."

Le rapport précise que la prédation des troupeaux par ces carnivores est un "phénomène complexe" qui dépend d'un ensemble de facteurs : "environnementaux (disponibilité alimentaire du milieu, topographie, proximité de la couverture forestière, proportion de milieu ouvert, distance aux infrastructures humaines), pastoraux (taille des troupeaux, moyens de protection des troupeaux, type de cheptel domestique), populationnel (densité locale d’ours, nombre de femelles suitées, structure en sexe et en âge) et de la variabilité inter et intra-individuelle du comportement de prédation."

Les derniers lâchers d'ours en France datent de l'automne 2018, quand les ourses slovènes Claverina et Sorita avaient été relâchées dans les Pyrénées-Atlantique.


Marianne ENAULT

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