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Prairies, forêts, cultures bio... quand les résidus de pesticides contaminent les sols français

par Manon MICHEL avec AFP
Publié le 26 mai 2023 à 22h00
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Une étude menée par l'Inrae et l'université de Bordeaux alerte sur la "persistance inattendue" de résidus de pesticides.
98% des sites étudiés à travers la France de 2019 à 2021 sont concernés.
Les molécules les plus fréquemment détectées sont le glyphosate et l'AMPA.

Les chiffres parlent d'eux même. Une nouvelle étude pilote dédiée aux résidus pesticides, et menée par l'institut de recherche Inrae et l'université de Bordeaux, alerte sur la "présence inattendue" de ces substances sur 47 sites français étudiés entre 2019 et 2021. Ainsi, "98% des sites étudiés" présentent des traces d'au moins un résidu, sur les 111 recherchés par les scientifiques, et "67 molécules différentes ont été retrouvées, majoritairement des fongicides et des herbicides", pointe l'étude publiée dans la revue Environmental Science & Technology.

Le glyphosate et son métabolite pointés du doigt

L'étude alerte particulièrement sur "une persistance inattendue des molécules de pesticides dans l'environnement, bien au-delà de leur temps de dégradation théorique et à des concentrations supérieures à celles escomptées". Les molécules les plus fréquemment détectées sont le glyphosate, l'herbicide le plus utilisé dans le monde, et l'AMPA, son métabolite principal (résidu dégradé), respectivement "présents dans 70% et 83% des sols prélevés". Les chercheurs ont également noté la présence de fongicides, utilisés contre des champignons, et de moisissures dans les champs de céréales présents dans "plus de 40% des sites". Enfin, des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes ont été retrouvés, dont certains "peuvent être utilisées en agriculture biologique". 

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Tous les sols ne sont pas contaminés de la même manière. Les parcelles de grandes cultures (céréales, oléagineux...) "sont les plus contaminées, avec jusqu'à 33 substances différentes retrouvées dans un seul site, et une moyenne de 15 molécules dans les sols". Mais ce ne sont pas les seules. "Dans les sols sous forêts, prairies permanentes, en friche ou en agriculture biologique depuis plusieurs années, plus de 32 pesticides différents ont été détectés, à des concentrations majoritairement plus faibles que pour les sites en grandes cultures", ajoutent les chercheurs.

Des résidus qui ne sont pas sans risque pour la nature, les substances pouvant rester des années dans le sol : le glyphosate se dégrade à 90% en 170 jours, son métabolite en 1000 jours et il faut plus de huit ans à certains fongicides pour disparaître. Une donnée qui présente notamment un "risque majeur estimé pour les vers de terre", acteurs essentiels de la santé des sols. Si la contamination de l'environnement par les résidus de pesticides fait depuis longtemps l'objet d'une surveillance pour les milieux aquatiques et l'atmosphère, "ce n'est pas encore le cas pour les sols". Les chercheurs estiment qu'il exsite "un besoin accru de surveillance des sols", et recommandent de s'appuyer sur le Réseau de mesure de la qualité des sols de l'Inrae.


Manon MICHEL avec AFP

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