Procès de militants d'Extinction Rebellion : le climatologue Jean Jouzel et l'eurodéputé Pierre Larrouturou témoignent

Publié le 11 janvier 2024 à 19h18, mis à jour le 12 janvier 2024 à 9h57

Source : 24H PUJADAS, L'info en questions

Quinze militants du mouvement Extinction Rebellion sont jugés en appel vendredi pour avoir jeté du faux pétrole sur la Banque de France le 1er avril 2021.
Le climatologue Jean Jouzel et l'eurodéputé Pierre Larrouturou ont décidé de venir les défendre à la barre.
Par cette action, le mouvement entendait dénoncer la passivité de la Banque de France face aux investissements des banques françaises dans les énergies fossiles.

Vendredi matin, devant la cour d'appel de Paris, l'eurodéputé Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel témoigneront à la barre en faveur de quinze militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion. Ceux-ci sont jugés en appel pour avoir, le 1er avril 2021, jeté du faux pétrole sur la Banque de France. "Je me présenterai à la barre avec deux documents, confie l'eurodéputé, qui avait participé à cette action il y a trois ans. Une lettre dans laquelle je demande que mon immunité parlementaire soit levée si ces quinze personnes sont condamnées, car je mérite la même condamnation ; et une photographie des inondations dans le Nord-Pas-de-Calais qui montre comment les gens ont tout perdu."

Avant lui, le climatologue Jean Jouzel aura également pris la parole pour soutenir les militants, condamnés chacun entre 150 et 300 euros d'amende en première instance.  "J'ai prévu de parler une dizaine de minutes pour dire la réalité du changement climatique et les risques que l'on encourt, explique le scientifique à TF1info.  Je ne suis pas membre d'Extinction Rebellion, je n'ai participé à aucune de leurs initiatives, mais je suis heureux que des gens s'engagent." 

"Je pense que les scientifiques doivent servir la société au sens large, poursuit le chercheur. Soutenir ou non ces actions, le débat agite la communauté scientifique et les laboratoires. Certains ne sont pas de mon avis. Mais ce qu'il faut surtout, c'est de la transparence, et rappeler, à chaque fois, à quel titre on parle."

Les banques françaises, notamment la BNP Paribas, sont parmi les pires au monde.
Pierre Larrouturou, eurodéputé

Le climatologue et l'eurodéputé rappellent tous deux que l'Accord de Paris stipule que le système financier doit être mis à contribution dans la lutte contre le changement climatique. 

"La Banque de France a un rôle de régulation et de superviseur. Elle passe son temps à dire qu'il faut lutter contre le changement climatique, qu'elle désinvestit des énergies fossiles, mais dans le même temps, elle laisse les banques françaises faire n'importe quoi, dénonce l'eurodéputé, qui a été membre du Haut conseil pour le climat. Les banques françaises, notamment la BNP Paribas, sont parmi les pires au monde."

Je suis fondamentalement non violent, et c'est le cas de ces actions.
Jean Jouzel, climatologue

À l'époque, c'est Extinction Rebellion qui le contacte pour participer à l'action. Ses conditions ? Qu'elle soit non violente et qu'elle ne dégrade pas le bâtiment. "Le faux pétrole jeté sur la façade avait été nettoyé avec de l'eau et du savon", raconte Pierre Larrouturou.  "Je suis fondamentalement non violent, et c'est le cas de ces actions, commente pour sa part Jean Jouzel. Il n'y a pas eu de dégâts, il ne faut pas exagérer. Je défends un regard plus positif sur ces actions qui attirent l'attention sur un problème bien réel."

De son côté, avant de s'engager à leur côté, Pierre Larrouturou a aussi veillé à l'argumentaire : "Nous avions de vrais bons arguments, raconte-t-il. En 2020, pendant le Covid, les investissements dans le pétrole ont reculé au niveau mondial de -9%, mais les banques françaises, elles, ont augmenté cet investissement de 19% à la même période, et la BNP Paribas même de 41% ! Ils font des milliards de bénéfices, provoquent des milliards d'euros de catastrophe et c'est à nous de réparer les dégâts."

S'il dit "ne pas expliquer" cette exception française, Pierre Larrouturou regrette surtout l'inaction de la Banque de France. "Elle est payée pour son rôle de supervision et de régulation, mais elle ne fait rien, dénonce-t-il. Son gouverneur, François Villeroy de Galhau, était avant le numéro deux de BNP Paribas, il y a quand même un petit conflit d'intérêt." 

Pour agir contre le changement climatique, l'eurodéputé croit aussi à la justice. "Aux Pays-Bas, Shell a été condamné à baisser ses émissions de 45% ses émissions d'ici à 2030, en France, l'État a aussi été condamné pour inaction climatique, poursuit le député. La justice est le moyen efficace pour faire bouger les choses."

En avril 2021, l'eurodéputée EELV Marie Toussaint avait également participé à l'action et les élus avaient été verbalisés pour avoir participé à un rassemblement non autorisé au vu du contexte sanitaire, comme les militants.


Marianne ENAULT

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