Un projet de ligne à très haute tension qui doit traverser les Alpilles et la Camargue à l'horizon 2028 est contesté localement.
Les pylônes vont alimenter en électricité la zone de Fos-sur-Mer et ainsi contribuer à décarboner l'un des sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre de France.
Mais les opposants craignent des conséquences sur la biodiversité, le tourisme et l'agriculture.

Un projet bon pour le climat, moins bon pour la nature ? C'est ce que raconte le dossier de la ligne électrique à très haute tension prévue en pays d'Arles. "Est-ce que la biodiversité vaut moins cher que les industries de Fos-sur-Mer ?", résume d'ailleurs Jean-Luc Moya, à la tête de l'une des 24 associations mobilisées contre cette nouvelle infrastructure électrique.

Sur le papier, cette ligne vise à produire 400.000 volts à l'horizon 2028. Ses pylônes de plus de 60 mètres de haut traverseront 65 kilomètres de territoire entre Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard et la zone industrielle de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. 

Objectif : décarboner Fos-sur-Mer

Ce projet à 300 millions d'euros doit permettre de satisfaire les besoins croissants en électricité dans une région historiquement en déficit. "60% de la consommation annuelle d'électricité est aujourd'hui produite à l'extérieur de ce territoire", explique ainsi Christophe Berassen, chargé du projet pour RTE. 

Cette ligne THT doit aussi permettre de décarboner le site industriel de Fos-sur-Mer, qui est l'un des sites les plus émetteurs de CO2 en France. Car d'après les projections faites par RTE, la demande d'électricité va doubler dans la région à l'horizon 2030, avec, outre l'électrification des usines existantes, notamment sidérurgiques, l'implantation de nouveaux sites de production d'hydrogène, de panneaux solaires ou d'acier "bas-carbone". "Cette nouvelle colonne vertébrale est un projet indispensable pour permettre la transition énergétique du territoire", estime le responsable de RTE.

Aucun touriste n'a envie de dormir dans une ferme avec un énorme pylône au-dessus de sa tête
Jean-Luc Moya, association Agir pour la Crau

Mais dans la région, l'arrivée prochaine des pylônes est loin de faire l'unanimité. Les craintes sont nombreuses : conséquences pour la biodiversité dans une zone naturelle et protégée (deux parcs naturels, les Alpilles et la Camargue, et une réserve de biosphère), inquiétudes pour les agriculteurs dont les champs seront en partie amputés par la ligne, doutes sur le maintien d'une activité touristique, notamment d'agritourisme, très développée dans la région, et enfin, inquiétudes pour la santé. "Aucun touriste n'a envie de dormir dans une ferme avec un énorme pylône au-dessus de sa tête", raille ainsi Jean-Luc Moya. 

Une consultation publique sous l'égide de RTE et de la préfecture de la région PACA a certes été organisée entre le mois de février et début avril, mais les opposants dénoncent "un simulacre de démocratie" et "l'absence de débat contradictoire".

"Nous sommes tous d'accord pour dire qu'il faut décarboner et dépolluer le site de Fos-sur-Mer, mais la seule réponse à ce stade, c'est une ligne électrique sans aucun débat", peste encore Jean-Luc Moya. Les opposants regrettent que des solutions alternatives aient été écartées, comme l'enfouissement ou l'enlisement dans le Rhône, et s'interrogent sur le besoin réel d'électricité dans la région d'ici à 2030 : les usines vont-elles vraiment s'installer ? "Pourquoi tout miser sur le nucléaire et l'électrique, sans prendre en compte les énergies renouvelables ?" s'interroge Jean-Luc Moya.

Des solutions alternatives ?

Mais selon RTE, il n'y a aucune alternative viable à la voie aérienne. "Il n'existe pas aujourd'hui de solution industrielle pour transporter autant d'énergie sur une telle longueur", assure ainsi Christophe Berassen. "Il n'y a aucune autre solution avec une fiabilité suffisante pour raccorder les clients industriels et sécuriser l'alimentation électrique de l'ensemble du territoire."

Par ailleurs, le responsable de RTE assure que cette ligne est bien dimensionnée : "Nous avons calé notre vision aux justes besoins." Ce n'est d'ailleurs pas une première technologique. D'autres lignes de ce type existent en France : l'une d'elles est en projet à Dunkerque, territoire également désigné comme prioritaire pour décarboner l'industrie.

Une zone publiée d'ici fin juin

RTE doit présenter d'ici à la fin du mois de juin un parcours de "moindre impact". "Nous avons pris l'engagement de nous éloigner le plus possible des habitations", précise Christophe Berassen. "Le corridor qui est recherché est celui qui sera le plus équilibré par rapport aux enjeux du territoire", assure pour sa part le préfet de la région PACA Christophe Mirmand, coordonnateur du projet. "Ces impacts sont essentiellement sur le paysage, l’avifaune, l’agriculture et dans ce cas précis sur les milieux humides. RTE travaille à diminuer ces impacts." 

Ainsi, pour chaque kilomètre de ligne aérienne créé, un kilomètre de ligne ancienne sera, lui, enfoui. "Les impacts sont à mettre en face du bénéfice qu’elle va apporter : une réduction substantielle des émissions de CO2 sans modification de nos modes de vie, et le maintien et le développement économique de la zone de Fos-sur-Mer", insiste le préfet, pour lequel il n'y a pas de plan B. "On est ici sur des enjeux nationaux de décarbonation et de réindustrialisation." 

Il en faudra davantage pour convaincre Jean-Luc Moya, qui s'interroge sur les critères permettant de définir que le futur parcours sera de "moindre impact" quand il n'y a pas eu d'étude environnementale. "C'est le flou total", regrette-t-il.

"Le projet n'a pas encore fait l'objet d'une étude d'impact au titre de l'évaluation environnementale, car il se situe encore dans une phase très en amont", répond le préfet. "On est encore très loin d'avoir un tracé, et encore plus loin d'avoir un pylône", abonde Christophe Berassen. L'étude environnementale interviendra en amont de la déclaration d'utilité publique envisagée pour 2025.

Qu'importe, les opposants demandent un moratoire. "Si l'État veut une ZAD en pays d'Arles, c'est ce qui va se passer", prévient Jean-Luc Moya, faisant référence à ces "zones à défendre" qui s'installent là où des projets controversés sont menés. Plusieurs manifestations ont été organisées, d'autres sont prévues et une pétition en ligne a recueilli plus de 25.000 signatures. Dans leur combat, les opposants peuvent compter sur le soutien du maire d'Arles, Patrick de Carolis, ancien journaliste de télévision.

"La préfecture est évidemment consciente des oppositions nombreuses et des inquiétudes générées par ce projet", répond le préfet Christophe Mirmand. Il précise à TF1 avoir demandé à RTE "une attention particulière" aux conséquences sur le tourisme et en particulier l'agritourisme, et "in fine, indemniser les pertes de revenus générées par la ligne".

"En ce qui concerne l’environnement, humain ou milieu naturel, je demande à RTE des analyses poussées de ce territoire d’une très grande richesse dans lequel le projet ne pourra s’insérer qu’avec finesse et précision", assure-t-il.  "En ce qui concerne la santé, les champs magnétiques générés par l’ouvrage seront de l’ordre de ceux rencontrés déjà dans nos vies quotidiennes. Je demanderai à RTE de les estimer avant l’autorisation de la ligne, et après travaux, de réaliser des mesures pour les vérifier, et de les rendre publiques." La mise en service est prévue en 2028.


Marianne ENAULT

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