Qu'est-ce que le scolyte, cet insecte tueur d'épicéas ciblé par un plan national ?

Publié le 15 avril 2024 à 13h56

Source : JT 20h WE

Cet insecte volant de couleur marron, mesurant quelques millimètres, colonise les épicéas jusqu’à les tuer.
Face à sa prolifération, amplifiée par le changement climatique, le gouvernement doit dévoiler ce lundi un plan d’action.

C’est devenu, en quelques années à peine, l’ennemi public numéro un des gardes forestiers. Sous l’effet de la hausse des températures, les scolytes sténographes ont envahi les forêts françaises. Depuis 2018, les populations de ce nuisible n'ont cessé d'augmenter à la faveur du changement climatique. Une bombe à retardement. Selon nos informations, le gouvernement devrait dévoiler, lundi 15 avril, un plan d’action qui vise à protéger la filière forestière française pour lutter contre la prolifération de ce coléoptère ravageur d'épicéas.

Il était temps ! Dans le Grand-Est, où des centaines de milliers d’hectares de forêts ont été décimés sous les attaques de scolytes, la situation devient critique. Un peu partout en France, les forestiers utilisent des pièges à phéromones pour mesurer la pullulation du petit insecte xylophage (qui mange, perce, ronge le bois, ndlr). Et celui-ci ne cesse de progresser d'année en année, sur fond de chaleur persistance. D’après l’Observatoire des forêts françaises, qui a été lancé l'été dernier, ce coléoptère menace aujourd’hui la quasi-totalité des forêts d’épicéas de la région, et il devient donc urgent d'agir !

Au printemps, dès que les températures repassent au-dessus de 15°C, cet insecte volant de couleur marron, qui mesure à peine un demi-centimètre, s’infiltre entre l’écorce et le bois, pondant 30 à 50 laves qui vont creuser des galeries et détruire les canaux de sève, jusqu’à la mort de l’arbre. "La femelle pond tout au long de son parcours et ses larves partent perpendiculairement, empêchant la sève de se développer", explique un bûcheron, dans le reportage du 20H de TF1 diffusée dimanche 14 avril qui accompagne cet article. 

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L'insecte glouton dévore absolument tout autour des conifères, empêchant l'eau et les nutriments venant du sol d'atteindre les branches en hauteur. Le scolyte sténographe s'attaque en priorité aux pins malmenés par un incendie ou une tempête, des phénomènes eux-mêmes amplifiés dans un cercle vicieux par le changement climatique. En Gironde, région fortement touchée par les incendies en 2022, la progression de ces insectes inquiètent, poussant les forestiers à trancher dans le vif pour arrêter l’épidémie. D'autres régions, comme l'Auvergne-Rhône-Alpes, sont également touchées.

L'abattage, seule solution contre le nuisible

Face aux scolytes, une seule solution : abattre les arbres. Le plan d'action qui doit être dévoilé ce lundi par le ministre de l’Agriculture Marc Fenault doit permettre de freiner sa progression. Pour cela, l’État va débloquer des fonds pour financer intégralement la plantation de nouveaux arbres, à la condition toutefois d’en finir avec la monoculture. Mais abattre, élaguer, tronçonner, stocker et évacuer les nombreux troncs infestés de parasites coûtent cher. L’Etat devrait subventionner à hauteur de 65% l’achat des machines.

La forêt française, durement affectée par le changement climatique, a vu sa mortalité augmenter de près de 80% en dix ans, s’alarmait début janvier l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN). Dans son inventaire national forestier, l'IGN constatait une très forte augmentation de la mortalité des arbres en France métropolitaine, passé à 13,1 millions de mètres cubes par an entre 2013 et 2021, alors qu'il s'établissait à 7,4 millions de m3/an durant la période 2005-2013. Ces changements favorisent la prolifération des bioagresseurs, comme les scolytes.

L'épicéa commun, l'essence résineuse la plus prélevée en France pour la qualité de son bois destiné à la construction, est désormais la première essence touchée par la mortalité devant le châtaignier et le frêne, indique l'IGN. Du fait de l'ampleur des coupes sanitaires pratiquées afin de limiter la propagation des scolytes, la production de bois d'épicéa est inférieure aux coupes et aux arbres qui meurent. En dépit de cela, la forêt continue de s'étendre en métropole et se diversifie, selon l'IGN. Elle couvre désormais 31 % du territoire avec 17,3  millions d'hectares, contre 19% avec 10 millions d'hectares en 1908.


Matthieu DELACHARLERY

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