"Cela dépasse l'entendement" : septembre 2023 est le plus chaud jamais mesuré dans le monde

par M.M avec AFP
Publié le 5 octobre 2023 à 6h48, mis à jour le 5 octobre 2023 à 8h50

Source : JT 20h Semaine

Ce jeudi, l'observatoire européen Copernicus révèle que "septembre 2023 a été le mois de septembre le plus chaud jamais enregistré au niveau mondial".
La température moyenne à la surface du globe a été de 16,38°C, soit 0,5°C plus chaud que le précédent record, établi en septembre 2020.
L'année 2023 risque quant à elle de devenir "la plus chaude" qu'ait connue l'humanité, et pourrait atteindre la barre symbolique de +1,5°C.

Énième alerte à l'Humanité. Ce jeudi 5 octobre, l'observatoire européen Copernicus annonce que "septembre 2023 a été le mois de septembre le plus chaud jamais enregistré au niveau mondial", battant le précédent record de 2020 avec une marge "extraordinaire" et poursuivant une série de records mensuels mondiaux entamée en juin. "Nous venons de vivre le mois de septembre le plus incroyable du point de vue climatique. Cela dépasse l'entendement", s'est alarmé auprès de l'AFP le directeur du service sur le changement climatique (C3S) de l'institut, Carlo Buontempo. Quant à l'année 2023, il s'agit de l'année la plus chaude jamais mesurée sur les neuf premiers mois, s'approchant d'une anomalie de 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Avec une température moyenne de 16,38°C à la surface du globe, le mois écoulé est une "anomalie sans précédent", dépassant d'un surprenant 0,5°C le record de septembre 2020, ont indiqué les experts. Septembre 2023 est "1,75°C plus chaud que la moyenne d'un mois de septembre sur la période 1850-1900", avant l'effet sur le climat des émissions de gaz à effet de serre de l'humanité, a ajouté Copernicus. Alors que les variations des températures mondiales se mesurent en général en quelques dixièmes de degrés, septembre 2023 est 0,9°C au-dessus de la moyenne de septembre sur la période 1991-2020, soit "la plus forte anomalie mensuelle" jamais mesurée par l'observatoire européen, dont la base de données complète remonte à 1940. "Nous sommes entrés dans un nouveau monde", a constaté Carlo Buontempo.

Un "mois extrême" et une année "en passe de devenir l'année la plus chaude"

Tous les continents ont été concernés par des anomalies hors du commun. En Europe, septembre 2023 a établi un nouveau record continental pour le premier mois de l'automne météorologique. Il a fait notamment plus de 35°C en France jusque début octobre. Dans le même mois, des pluies torrentielles de la tempête Daniel, probablement aggravées par le changement climatique selon des études préliminaires, ont dévasté le nord-est de la Libye et la Grèce. Le sud du Brésil et du Chili ont connu aussi le déluge en septembre tandis que l'Amazonie est actuellement frappée par une sécheresse extrême, qui affecte plus de 500.000 habitants. Et les pôles perdent en glace : la banquise de l'Antarctique se maintient à un niveau bas record pour la saison, tandis que la banquise arctique est 18% en dessous de la moyenne, selon le C3S.

"Nous n'avons jamais rien vu de tel (...) selon toute vraisemblance, dans toute l'histoire de l'humanité sur cette planète", a martelé le directeur du service auprès de l'AFP. "Ce mois extrême" de septembre "a propulsé l'année 2023 à l'honneur douteux d'être en tête du classement, en passe de devenir l'année la plus chaude et de dépasser d'environ 1,4°C les températures moyennes de l'ère préindustrielle", a aussi déclaré dans un communiqué Samantha Burgess, la cheffe adjointe du C3S. Juillet 2023 notamment avait décroché le record absolu de chaleur, tous mois confondus. L'institut européen note aussi que la température moyenne mondiale depuis janvier est la plus chaude jamais mesurée sur les neuf premiers mois de l'année, 1,40°C au-dessus du climat des années 1850-1900. 

Et cette moyenne, déjà plus élevée de 0,05°C que pour l'année record de 2016, pourrait encore augmenter sur les trois derniers mois de l'année, compte tenu de la montée en puissance d'El Niño. Ce phénomène météorologique cyclique au-dessus du Pacifique, qui conduit à un réchauffement supplémentaire en faisant grimper la température à la surface de l'eau, culmine en général autour de la période de Noël. Selon le système de mesure de Copernicus, la température moyenne des mers a déjà atteint 20,92°C en septembre, nouveau record mensuel et deuxième mesure la plus élevée derrière août 2023.

La barre symbolique d'une hausse de 1,5°C se rapproche dangereusement

La planète se rapproche ainsi plus que jamais de l'objectif le plus ambitieux qu'avait fixé l'accord de Paris, adopté en 2015, à savoir limiter le réchauffement planétaire à une hausse de 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle. "Il n'est pas acquis que 2023 atteindra 1,5°C. Mais nous en sommes assez proches", a déclaré à l'AFP Carlo Buontempo. "Si ce n'est pas cette année, ce sera peut-être la prochaine."

À noter toutefois qu'arrriver à cette barre symbolique ne signifierait pas pour autant que la limite de 1,5°C de l'accord de Paris ait été atteinte, car cet objectif se réfère à l'évolution du climat sur des périodes longues, des décennies et non des années simples. L'Organisation météorologique mondiale a estimé au printemps que la barre serait franchie pour la première fois sur une année entière seulement au cours des cinq prochaines années et le Giec, rassemblant les experts climat mandatés par les Nations-unies, prévoit que ce seuil de 1,5°C sera atteint dès les années 2030-2035.

Mais la limitation des émissions de gaz à effet de serre est incontournable pour que ces hausses ne se maintiennent pas dans la durée. Selon l'ONU, le monde n'est toujours pas prêt à contenir le réchauffement planétaire ne serait-ce que sous la barre de 2°C, l'objectif primordial fixé par l'accord de Paris. Face à cette urgence, les réponses de l'humanité sont "insuffisantes alors que le monde (...) s'écroule" et s'approche d'un "point de rupture", a déploré le pape François mercredi, dans un texte en forme de cri d'alarme à deux mois d'une conférence climat de l'ONU décisive. Lors de cette COP28, à Dubaï, le thème de la sortie des énergies fossiles sera au cœur d'âpres négociations entre les pays du monde, incapables à ce jour de concilier les exigences des engagements pris à Paris et d'assurer les aspirations au développement de toute l'humanité.


M.M avec AFP

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