Réchauffement : fonte des glaces, corail... de dangereux "points de rupture" en passe d'être atteints

M.G
Publié le 9 septembre 2022 à 16h52
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Une étude publiée vendredi dans la revue "Science" révèle que la planète pourrait bientôt franchir cinq points de basculement à cause du réchauffement climatique.
La calotte glaciaire et les récifs coralliens sont, ainsi, d'ores et déjà en danger.
Dans les années à venir, la menace d'un changement irréversible pourrait (et devrait) encore s'accroître.

Un portrait très sombre du futur. Dans une étude* publiée vendredi dans la revue Science, une équipe internationale de chercheurs reconnus pour leur expertise sur le climat, a identifié seize "points de non-retour" actionnés par le réchauffement climatique. Elle en distingue neuf au niveau planétaire et sept au niveau régional.

Selon la définition du Groupe d'experts climat de l'ONU (Giec), les "tipping points", en anglais, représentent des "seuils critiques au-delà desquels un système se réorganise, souvent brutalement et/ou de manière irréversible"

Le réchauffement actuel, de 1,1 °C, déjà très dangereux

D'après les dernières données, les scientifiques notent que les niveaux actuels de réchauffement (+ 1,1 °C par rapport aux températures préindustrielles) risquent de faire de passer cinq de ces dangereux paliers (PTC). Parmi ceux-ci, la potentielle disparition des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique de l’Ouest constitue certainement la préoccupation la plus importante. "Une fois que [la calotte glaciaire] commence à s'effondrer et à perdre de la glace, elle se place dans une configuration encore moins stable", ce qui entraîne une élévation du niveau de la mer dans le monde entier, explique la climatologue Nerilie Abram de l'Université nationale australienne. Le franchissement dudit point de rupture entrainerait, sur des centaines d'années, une hausse du niveau des mers de 10 mètres, détaille Tim Lenton, de l'université britannique d'Exeter.

De même, le pergélisol (ensemble des sols gelés en permanence) pourrait subir une fonte brutale dans les régions reculées. Cela libérerait d'immenses quantités de gaz à effet de serre et modifierait en profondeur les paysages en Russie, au Canada et en Scandinavie. En parallèle, la destruction de barrières de corail a déjà débuté et la montée des températures pourrait précipiter son anéantissement définitif. Cela pourrait toucher les 500 millions d'humains qui en dépendent. 

Un élément important de la circulation océanique dans l’Atlantique Nord (l'AMOC), et donc primordial à l'équilibre de la région, pourrait aussi s'arrêter.

Des dérèglements qui risquent de se multiplier

Le tableau devient encore plus noir avec un réchauffement de 1,5 à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, soit dans les objectifs de l'accord de Paris. "Six PTC deviennent probables (et quatre autres possibles)", indique l'étude. Un PTC supplémentaire devient probable et trois autres possibles avec 2,6°C supplémentaires, soit la trajectoire prévue par les politiques actuelles. 

À noter que ces effets dévastateurs dépendant de la durée du réchauffement, souligne l'auteur principal de l'étude, David Armstrong McKay. Ainsi, une hausse de 1,5°C qui s'installerait pendant 50 ou 60 ans confronterait la planète à des conditions extrêmes. En revanche, le franchissement de ces points de non-retours ne va que très peu aggraver le réchauffement en lui-même : cela aurait plutôt des conséquences sur les différents écosystèmes. 

Les auteurs espèrent que leurs travaux susciteront des recherches plus concertées sur les points de basculement, reconnaissant avoir une "faible confiance" dans plusieurs de leurs seuils. Heureusement, de plus en plus de scientifiques "reconnaissent qu'une certaine forme d'évaluation des risques liés aux points de basculement est nécessaire et bienvenue"

Pas encore irréversible

Point positif, l'humanité peut encore limiter les dégâts pour la suite. "Ça vaut toujours la peine de réduire nos émissions aussi rapidement que possible", plaide David Armstrong McKay. Plus la hausse des températures sera limitée, plus les probabilités d'atteindre un ou plusieurs point(s) de non-retour sera modérée. 

Les transformer en points de bascule sociologique

Tim Lenton

Tim Lenton, un des experts mondiaux du sujet, veut, lui, croire que ce concept de rupture pourra se traduire de façon plus positive dans la lutte contre la crise climatique, comme un "point de bascule sociologique" qui encourage à action. "C'est comme ça que je parviens à me lever le matin", confie-t-il. "Peut-on changer, transformer nos modes de vie ? Penser de manière systémique, avec cette idée de point de rupture, nous donne une lueur d'espoir", conclut-il. 

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*Il s'agit, dans les faits, d'une synthèse de plus de 200 publications scientifiques, menée afin de mieux prévoir les seuils de déclenchement de ces points de rupture.


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