La secrétaire d’État à la Transition écologique a relancé une consultation autour de la consigne des bouteilles en plastique.
L’objectif serait de recycler 90% de ces bouteilles jetables d’ici à 2030.
Mais les élus locaux disent "non".

Les rencontres au sommet se multiplient. Après Punta del Este en Uruguay en novembre, rendez-vous est pris à Paris du 29 mai au 3 juin pour accueillir les délégués des Nations unies qui négocieront sur le traité international contre la pollution plastique. "D’ici 2050, il pourrait y avoir plus de plastique que de poissons dans l’océan", y avait rappelé le ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Mais les actions que l’État mène en parallèle sur le sol français patinent. 

La relance d’une consultation autour de la consigne des bouteilles en plastique par la secrétaire d’État à la Transition écologique fait en effet débat. "D’ici à 2025, 77% de nos bouteilles en plastique devront être recyclées. Nous voulons également diviser par deux le nombre de ces bouteilles jetables et en recycler 90% d’ici à 2030. Nous en sommes à 60%. La marche à franchir est grande", a déclaré Bérengère Couillard, lors d’une interview accordée à Ouest France. Problème : les maires disent toujours "non"

Une mesure "antiécologique"

À la veille d’une réunion nationale de concertation, les maires et représentants d’intercommunalités, chargées de la gestion des déchets ménagers, ont dénoncé lors d’une conférence de presse une mesure selon eux "antiécologique, sous couvert de vernis vert", qui déstabiliserait le système public de collecte des déchets sans améliorer la collecte du plastique. 

Les bouteilles plastiques représentent "350.000 tonnes, soit moins de 1% des déchets ménagers, qui totalisent 39 millions de tonnes, et font partie des déchets plastiques les mieux valorisés, avec un taux de recyclage de 70% contre 23% pour les autres déchets plastiques", a rappelé Jean-François Vigier, maire UDI de Bures-sur-Yvette (Essonne). 

"Une arnaque intellectuelle"

Selon les maires, pour améliorer les taux de recyclage, le gouvernement ferait donc mieux de se concentrer sur les autres emballages plastiques ou les "milliers de produits de grande consommation qui n’ont aucune solution de collecte sélective et de recyclage". "La consigne ne permet pas de réduire les déchets", a martelé Jean-François Debat, maire PS de Bourg-en-Bresse (Ain). "C’est une arnaque intellectuelle qui consiste à employer le mot consigne, perçu positivement dans l’opinion, pour une opération qui n’en est pas une puisque la bouteille ne sera pas remployée mais détruite pour être recyclée, c’est-à-dire qu’elle va finir exactement au même endroit que lorsqu’on la jette dans le bac jaune de collecte sélective", a-t-il ajouté. 

De plus, le bénéfice écologique des consignes serait proche de "zéro", poursuivent les associations d’élus, citant l’exemple de l’Allemagne où la consigne a entraîné selon elles une "augmentation de la production et des ventes des bouteilles plastiques à usage unique"

Pour le consommateur, l’opération semble être un jeu à somme nulle puisqu’il paierait 20 centimes de plus sa bouteille et se verrait ensuite restituer l’argent avancé après l’avoir fait "déconsigner" dans un automate. Mais "c’est oublier que toutes les bouteilles ne seront pas forcément rapportées", notamment dans les zones rurales, insiste Jean-François Vigier, qui évalue à 400 millions d’euros le bénéfice qu’en tireraient les industriels de la boisson et à 320 millions le manque à gagner pour les collectivités. 

La consultation doit s’achever en juin

Les maires accusent les industriels de la boisson de vouloir "s’accaparer une manne financière" alors que les collectivités ont investi dans de coûteuses machines. Un centre de tri coûte environ 30 millions d’euros. Citéo, principal organisme chargé de la fin de vie des emballages ménagers, a pour sa part estimé que "le dispositif de collecte actuel à lui seul ne suffira pas" à atteindre les objectifs fixés à la filière. "Le seul moyen (…) est de mobiliser toutes les parties prenantes et tous les leviers à disposition"

Alors que tous les emballages peuvent être jetés dans les poubelles jaunes depuis le 1er janvier 2023, les élus redoutent que l’introduction d’une consigne ne crée de la confusion dans l’esprit des Français. Pour atteindre les objectifs de recyclage européens, les maires formulent quatorze propositions, dont la promotion de la consommation d’eau du robinet pour diviser par deux les bouteilles plastiques en 2030, l’augmentation de la fréquence des collectes ou la mise en place d’une collecte sélective de tous les emballages consommés hors domicile. 

La concertation, qui prévoit six réunions nationales et une par région, doit s'achever en juin, mais les maires redoutent que le gouvernement ne passe par la voie réglementaire, sans associer le Parlement, pour décider s'il met en place la consigne ou améliore le tri sélectif des déchets.


L.T. avec AFP

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