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Relancer la centrale à charbon de Saint-Avold va-t-il plomber les émissions en CO2 de la France ?

par Thomas DESZPOT
Publié le 30 novembre 2022 à 16h31
JT Perso

Source : Le JT

Pour faire face aux risques de pénuries d'énergie, le gouvernement rouvre la tranche charbon de la centrale de Saint-Avold (Moselle).
Une décision dont l'impact sur l'environnement interroge.
Nous avons mesuré l'impact potentiel des émissions liées à Saint-Avold.

Elle devait tirer définitivement sa révérence il y a huit mois. Pourtant, la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle, a finalement repris du service ces derniers jours. Une manière pour les autorités de compenser le manque de production des centrales nucléaires, dont une part non négligeable reste à l'arrêt, et de réduire les risques de pénurie d'énergie dans les mois qui viennent. 

Pour autant, cette réouverture a de quoi interroger. Elle semble anachronique dans une période où le développement des énergies renouvelables est mis en avant et où les pays de l'UE s'accordent sur l'abandon du charbon à l'horizon 2030. La France, en particulier, prône une production d'énergie largement décarbonée grâce au recours au nucléaire. 

Dans ces conditions, relancer les installations de Saint-Avold va-t-il alourdir de manière notable l'empreinte carbone de notre production énergétique ? Pour le savoir, TF1info a sollicité GazelEnergie, l'entreprise qui exploite la centrale mosellane.

L'équivalent, au maximum, de 435.000 voitures thermiques en un an

S'il est acquis que le charbon est l'un des moyens de production d'énergie parmi les plus polluants, il reste délicat de se représenter son impact réel. A fortiori parce que les technologies utilisées diffèrent d'un pays à l'autre, modifiant en partie l'empreinte carbone des centrales. Dès lors, que représente la réouverture de la tranche charbon de Saint Avold ? 

La centrale est divisée en plusieurs "tranches" : deux sont alimentées par du gaz naturel, tandis qu'une autre l'est par du charbon. C'est celle-ci, d'une puissance de 600 mégawatts, dont la remise en service fait débat. Sa mise à l'arrêt, rappelons-le, remonte au 31 mars 2022. La partie charbon, qui se trouvait dans le viseur des autorités, émet "un peu moins d'une tonne de CO2 par mégawatt/heure" lorsqu'elle est utilisée, confie à TF1info une représentante de GazelEnergie. 

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Le décret qui rend a rendu possible la réouverture, publié courant septembre, a encadré l'activité de la centrale et le volume d'heures de production d'énergie jusqu'à la fin du mois de mars 2023. Du côté de l'exploitant, on explique que le texte peut conduire - si les besoins en énergie le nécessitent - à un fonctionnement de la tranche charbon qui entraînerait jusqu'à 1,35 million de tonnes de CO2 rejetées dans l'atmosphère. Un volume qui pourrait être moins important, dans l'hypothèse par exemple d'un hiver très doux. "Dans l'ordre d'appel des énergies, on intervient en dernier recours, après le gaz", confie-t-on du côté de GazelEnergie. Cela signifie que le fonctionnement de la centrale sera modulé en fonction des besoins, et que toutes les autres sources de production d'énergies seront mobilisées avant que la tranche charbon de Saint-Avold ne soit activée.

Que représentent ces émissions maximales, estimées à 1,35 million de tonnes de CO2 au cours des prochains mois ? Si l'on suit les estimations de l'Ademe, cela équivaut aux émissions d'environ 435.000 voitures thermiques en l'espace d'un an. En 2021, on apprend grâce à RTE que la production d'électricité en France a engendré le rejet de 18,8 millions de tonnes de CO2. Si l'on s'appuie sur ces données, la tranche charbon de Saint-Avold représenterait un peu plus de 7% des émissions totales en France liées à l'énergie. En seulement quelques mois. 

GazelEnergie ne conteste pas l'impact sur l'environnement de la réouverture de cette tranche charbon, mais précise que l'entreprise va s'acquitter d'une taxe carbone conséquente, une manière de "compenser" ces importants rejets de CO2. Le montant de cette taxe est évalué à plus ou moins 30 millions d'euros, nous précise-t-on, en application du principe bien connu du "pollueur-payeur". Ce coût ne devrait toutefois pas nuire à la rentabilité de la réouverture, qui devrait rapporter à GazelEnergie près de 150 millions d'euros, dixit France 3.

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