Que devient le climat dans le gouvernement Attal ?

Publié le 12 janvier 2024 à 12h10, mis à jour le 12 janvier 2024 à 13h16

Source : JT 20h Semaine

À l'issue de ce remaniement, Bruno Le Maire récupère l'énergie et Christophe Béchu garde l'écologie.
Mais qui va s'occuper du climat, jusqu'ici géré, avec l'énergie, par Agnès Pannier-Runacher ? Les décrets d'attribution sont attendus.
Une chose est sûre : le Premier ministre garde la planification écologique et énergétique.

Un jeu de chaises musicales plus tard, et quelques questions en suspens. Du moins, en attendant les décrets d'attribution de chacun des onze ministres – peut-être en fin de semaine – et la nomination des ministres délégués et des secrétaires d'État. Avant ces précisions, il est d'ores et déjà acquis que le vaste domaine de "l'environnement" change encore de périmètre, avec quelques incertitudes. Voici ce qu'on sait : 

Le nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, aura en charge, comme Elisabeth Borne, la planification écologique et énergétique. C'était une volonté d'Emmanuel Macron au moment de la nomination de cette dernière à Matignon en 2022, censée montrer l'importance accordée au sujet. Avec une personne pour l'incarner : Antoine Pellion, secrétaire général à la planification écologique. Et ces derniers temps, des "COP régionales" organisées un peu partout en France sur le sujet, pour programmer la transition du pays dans tous les secteurs.

Sur l'énergie, c'est désormais Bruno Le Maire, à Bercy, qui aura en charge ce portefeuille, jusqu'ici géré dans un ministère dédié par Agnès Pannier-Runacher (qui, elle, devrait être ministre déléguée à la Santé). "Avoir la responsabilité de l’énergie, c’est se donner les meilleures chances d’accélérer la réindustrialisation du pays et la réalisation du programme nucléaire français", s'est félicité dans Le Figaro Bruno Le Maire.

Un choix qui inquiète le secteur des énergies renouvelables. "On peut être surpris de l’absence d’un ministère de l’Énergie de plein droit, notamment après qu’on a connu en 2022 une crise énergie historique, qui n'est pas un sujet derrière nous", a ainsi réagi Michel Gioria, délégué général de France Renouvelables.

C'est un recul de quinze ans.
Le WWF, dans un communiqué

Les associations, elles aussi, ont rapidement fait part de leurs craintes. "C'est casser une organisation qui datait de 2007 où la transition écologique était le fil conducteur entre l'énergie, les transports, le logement" et "un très mauvais signal", a aussitôt regretté auprès de l'AFP Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat. 

Le WWF France a également qualifié d'"inquiétante" la "disparition du ministère de la Transition énergétique dans l’organigramme gouvernemental et son rattachement au ministère de l’Économie". "C'est un recul de 15 ans. Comment le Premier ministre pourra-t-il encore prétendre être en charge de la planification écologique et de la planification énergétique alors que ces deux portefeuilles seront à nouveau écartelés entre des ministères et des intérêts opposés ?", s'interroge encore l'organisation.

Qui va porter la loi sur la souveraineté énergétique ?

Enfin, dernière certitude, Christophe Béchu, lui, garde la Transition écologique. "Il nous reste tant à faire : l'adaptation de notre pays aux conséquences du dérèglement climatique, le développement d’une économie plus durable, la planification écologique dans tous nos territoires", a-t-il tweeté jeudi soir. Il descend toutefois dans l'ordre protocolaire : 10ᵉ sur la liste des deux gouvernements Borne auxquels il a participé (avec six ministres après lui), et désormais avant-dernier de cette nouvelle mouture restreinte de 11 ministres.

Mais une question demeure : qui va prendre le climat ? Le sujet était jusqu'ici dans le portefeuille de la Transition énergétique d'Agnès Pannier-Runacher. Et il est évidemment essentiel, à l'heure où la France doit publier sa nouvelle Stratégie bas-carbone (qui dira les objectifs du pays en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre) et sa Programmation pluriannuelle de l'énergie. Les deux feront l'objet de décrets publiés avant l'été.

Ensuite, qui endossera le projet de loi sur la souveraineté énergétique, également incarné par Agnès Pannier-Runacher jusqu'ici ? Car si ce texte parle d'énergie (et notamment de nucléaire), c'est aussi un texte de planification écologique et climatique. Par ailleurs, après la loi sur le nucléaire et celle sur les énergies renouvelables, il s'agit de l'un des derniers textes majeurs sur le champ environnemental pour ce quinquennat. Sera-t-il porté par Christophe Béchu ou par Bruno Le Maire ? Par les deux ?

"Le discours de Belfort d'Emmanuel Macron a posé les bases de la politique énergétique de la France et il convient de maintenir ce cap, a réagi l'Union française de l'électricité auprès de TF1info. L’UFE veillera à ce que les textes qui le traduit et qui devront être présentés prochainement portent cette même ambition."

Enfin, parmi les autres débats à trancher : qui, de Christophe Béchu ou Bruno Le Maire, va récupérer l'événement organisé en février à l'occasion du "50ᵉ anniversaire de l'Agence internationale de l'énergie", qu'Agnès Pannier-Runacher avait obtenu d'organiser avec son homologue irlandais ? Il ne s'agit pas que d'un événement : ce rendez-vous doit aussi être l'occasion de faire prendre des engagements forts sur le climat aux pays qui y participent.

Dans la même veine, de quelle façon Bruno Le Maire va-t-il reprendre l'Alliance pour le nucléaire, également lancée par Agnès Pannier-Runacher, et qui rassemble 12 pays européens ? La réponse devrait arriver très vite, avec un sommet organisé en mars en Belgique, alors que le pays prend la présidence de l'Union européenne.

Il faudra encore regarder les ministères délégués et les secrétariats d'État : qui sera nommé à la Mer, jusqu'ici occupé par Hervé Berville ? Qui pour la biodiversité, incarnée par Sarah el-Haïry ? Avec, là aussi, des sujets cruciaux jusqu'à la fin du quinquennat : grand débat national sur l'avenir des façades maritimes, stratégie nationale de la biodiversité, planification de l'éolien en mer, etc. 

Autant d'interrogations qui, sous une dizaine de jours, devraient avoir leur réponse, les autres membres du gouvernement seront nommés dans ce laps de temps. 


Marianne ENAULT

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