REPORTAGE - Pas une attaque de requin depuis 5 ans : comment La Réunion a stoppé la série noire

par La rédaction de TF1info | Reportage Anaïs Barth , Mathieu Alonso, Mickael Robert
Publié le 3 avril 2024 à 16h56

Source : JT 20h Semaine

Entre 2011 et 2019, onze personnes ont été tuées par des requins et plusieurs autres grièvement blessées à La Réunion.
Mais depuis cinq ans, plus une seule attaque n'a été enregistrée.
Quelles mesures ont été mises en place par les autorités ? Regardez ce reportage de TF1.

Tous les matins, Bastien Cochonneau et ses équipes sillonnent une partie de la côte ouest pour choisir le lieu où se déployer. Ces plongeurs professionnels ont une mission : mesurer la visibilité sous l'eau à l'aide d'un disque relié à un fil de dix mètres. "Ça nous donne ce que les gars sous l'eau peuvent voir en fait, explique-t-il dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. Il faut qu'il y ait plus ou moins 10 mètres pour pouvoir observer un requin. S'ils sont trop près, le temps de lancer l'alerte, c'est trop tard. Il faut qu'on soit très réactifs pour faire évacuer les surfeurs en moins d'une minute du spot".

Ce jour-là, dans cette baie très prisée des surfeurs, les conditions sont trop mauvaises à cause des fortes pluies de la veille. "Ça attire les requins, ils aiment ça, poursuit Bastien Cochonneau. Tout ce qui est requin bouledogue aime beaucoup l'eau saumâtre, le mix d'eau douce et d'eau salée. C'est un des facteurs auxquels on fait très attention". 

Plus loin, une autre plage réunit cette fois tous les critères pour ouvrir. Les plongeurs forment alors un rideau de protection, appuyés par des caméras sous-marines. Celles-ci diffusent en direct les images à terre. Ce regard sous l'eau perturbe la zone de chasse du requin et a fait ses preuves : depuis cinq ans, plus aucune attaque n'a été enregistrée. Le coup d'envoi est donc donné aux écoles de surf et aux baigneurs. "Il y a toujours un risque, mais il est hyper faible. Donc non, pas de peur, plus de tomber que des requins", commente Bastien Cochonneau.

Une confiance retrouvée après une sombre décennie. En 2011, sur l'une des plages les plus fréquentées de l'île, Mathieu Schiller, figure locale du surf, avait été mortellement attaqué par des requins. Le début d'une série sanglante de plusieurs années : au total, onze morts, sept blessés graves, surfeurs, baigneurs, tous happés par des requins bouledogues et tigres, les plus dangereux.  

2 millions d'euros par an pour garantir la sécurité des plages

Aujourd'hui, la sécurisation des plages permet à toute une économie de renaitre. Au début de la crise requin, Clément Lodeho, alors jeune espoir, avait quitté l'île pour pratiquer à haut niveau dans les Landes. Après des années d'exil, l'ancien champion avait finalement décidé de rentrer. À l'époque, plus aucune école de surf n'existait. Tout était à reconstruire. "Ça a été un grand coup de poker, dit-il. Au début, il y a trois ans, on n'y croyait pas. Au niveau des autorisations, des assurances, ça a été un gros projet qui a pris beaucoup de temps". Pari gagnant. Aujourd'hui, ses cours ne désemplissent pas et les touristes n'ont jamais été si nombreux à la Réunion. 

Mais faire oublier l'image désastreuse d'île aux requins a un coût : 2 millions d'euros par an pour garantir la sécurité des plages, avec une autre mesure encadrée par les pouvoirs publics. Plusieurs fois par mois, des pêcheurs accompagnés de scientifiques partent au large poser des pièges. En ligne de mire, les bouledogues et les tigres. "Le poisson tire sur l'hameçon, ça va déclencher un bouton et envoyer une alerte GPS directement aux pêcheurs", explique Michaël Hoareau, directeur adjoint du "Centre sécurité requin".  Le pêcheur a alors 90 minutes pour se rendre sur place. Si ce n'est pas une espèce ciblée, il doit la relâcher. Sinon, "si c'est un requin ciblé, il est prélevé". Autrement dit, tué. Ce système unique au monde serait très efficace selon les autorités.  "Sur dix ans, indique Michaël Hoareau, on a comptabilisé 145 bouledogues et environ 502 requins tigres. Ça montre quand même le faible impact potentiel, et en plus sur une zone extrêmement restreinte. Ce n'est pas tout autour de l'île, ce n'est que sur des zones où il y a des activités nautiques. On fait les choses scientifiquement, approuvés par nos pairs et on avance".  

Ce sont des espèces qui sont au sommet de la pyramide alimentaire et qui sont absolument indispensables dans l'équilibre écologique de ces milieux
Bernard Bonnet, président de l'association "Vie océane"

La communauté scientifique est pourtant divisée sur la question, car aucune étude n'a permis de déterminer le nombre de squales rôdant autour de l'île. Un biologiste à la retraite que rencontre notre équipe soutient le dispositif de sécurité, mais dénonce une pêche aveugle.  "Ce sont des espèces qui sont au sommet de la pyramide alimentaire et qui sont absolument indispensables dans l'équilibre écologique de ces milieux, et du milieu océanique en général, souligne Bernard Bonnet, président de l'association "Vie océane". Et pas qu'à l'échelle de La Réunion. Donc supprimer un de ces maillons au sommet, c'est transformer fondamentalement l'équilibre dans la chaîne alimentaire."

Si les attaques ont cessé, c'est aussi parce que les activités nautiques sont drastiquement encadrées. Depuis dix ans, un arrêté préfectoral interdit toute activité dans les zones non sécurisées.  


La rédaction de TF1info | Reportage Anaïs Barth , Mathieu Alonso, Mickael Robert

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