Les "méga-bassines" des Deux-Sèvres au cœur de la contestation

Mobilisation "anti-bassines" dans les Deux-Sèvres : 61 gendarmes et 30 manifestants blessés

Léa LUCAS avec AFP
Publié le 29 octobre 2022 à 22h35
JT Perso

Source : JT 20h WE

Une soixantaine de gendarmes et une trentaine de manifestants ont été blessés lors d'un rassemblement illégal à Sainte-Soline, ce samedi.
Pourtant interdit, il visait à contester "l'accaparement de l'eau" destiné à "l'agro-industrie".
Six interpellations ont également eu lieu en fin de journée, selon la préfète du département.

Une manifestation émaillée de heurts violents. Le rassemblement, organisé ce samedi 29 octobre à Saint-Soline (Deux-Sèvres), contre une "mégabassine" pour l'irrigation agricole, a comptabilisé une soixantaine de blessés du côté des gendarmes, ainsi qu'une trentaine de blessés du côté des manifestants. Il avait pourtant été interdit par la préfecture.

Des chiffres confirmés par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui a indiqué sur Twitter ce samedi soir que "61 gendarmes ont été blessés, dont 22 sérieusement". "Ce chiffre démontre que ce n'était pas une manifestation pacifique, mais un rassemblement très violent". "J'espère que toutes les forces politiques républicaines condamneront ces violences", a-t-il ajouté, tandis qu'il était de retour à Paris dans la soirée afin de "suivre depuis Beauvau l'évolution de la situation à Sainte-Soline".

Parmi la trentaine de manifestants blessés, dont certains à cause de jets de grenades lacrymogènes, dix ont été pris en charge par les pompiers et trois ont été hospitalisées, selon le collectif "Bassines Non merci", composé d'associations environnementales, d'organisations syndicales et de groupes anticapitalistes. Des élus ont également été molestés. 

6 interpellations à l'issue du rassemblement

La préfète Emmanuelle Dubée a également fait état ce samedi soir de six interpellations à l'issue de ce rassemblement ayant réuni près de 4000 personnes selon elle, 7000 selon les organisations. Elle a dénoncé la présence de "400 profils black-block et activistes très violents", ainsi que des "jets de cocktail molotov, des tirs de mortier, des explosifs puissants, des projectiles."

Si 1500 gendarmes étaient déployés pour contenir la foule, l'étendue de la surface de plusieurs hectares à couvrir a compliqué leur tâche. C'est la raison pour laquelle, au cours de l'après-midi, des militants "antibassines" - une cinquantaine selon la préfecture - ont réussi à forcer des grilles protégeant le chantier, puis à entrer brièvement à l'intérieur, avant d'être repoussés par les forces de l'ordre. "Ils ont tous été repoussés, donc la manoeuvre a été un succès", a finalement conclu la préfète, rappelant que l'interdiction de manifester était toujours valable jusqu'à ce lundi 31 octobre.

Après un face-à-face tendu d'environ une heure au bord de la réserve entre les gendarmes et les manifestants, ces derniers ont fait demi-tour vers le champ prêté par un paysan pour qu'ils puissent y installer un campement près de ce chantier, devenu le nouvel épicentre d'un conflit sur l'usage de l'eau qui se raréfie avec le réchauffement climatique.


Le collectif Bassines Non Merci s'est félicité dans un communiqué d'avoir "réussi à déjouer la dizaine de barrages et à entrer dans le chantier" et affirmé vouloir se servir de ce campement comme "base d'appui pour continuer à stopper le chantier". Sainte-Soline est la deuxième bassine d'un projet de 16 réserves de substitution élaboré par un groupement de 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l'eau, pour "baisser de 70% les prélèvements en été", dans cette région encore soumise à des restrictions d'irrigation après une sécheresse estivale hors norme.

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Les réserves d'eau appelées bassines sont des cratères à ciel ouvert, recouverts d'une bâche en plastique et remplis grâce au pompage de l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver. Elles peuvent stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques) d'eau pour irriguer l'été. Si elles font débat, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a souligné sur France inter plus tôt dans la journée que le "projet n'avait pas de conséquences négatives pour les nappes" phréatiques.

Il a par ailleurs rappelé que le "plan signé par tout le monde il y a quatre ans" après une longue concertation entre des agriculteurs, des élus, des autorités et encore des associations, conditionnait l'accès à l'eau à des changements de pratiques (telles que la réduction des pesticides, la plantation de haies, ou encore l conversion à l'agroécologie). Cependant, aucun des dix agriculteurs utilisant la première retenue "n'a souscrit de réduction de pesticides", selon Vincent Bretagnolle, membre du comité scientifique et technique de suivi (CST) du projet. Depuis la signature, des associations se sont retirées du protocole.


Léa LUCAS avec AFP

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