Sécheresse : 2022, une année déjà historique

Sécheresse et manque d'eau potable : dessaler l'eau de mer, une solution viable ?

Benoit Leroy | Reportage : P. Remy, S. Hernandez et J. Devambez
Publié le 3 août 2022 à 7h00, mis à jour le 3 août 2022 à 10h03
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

En France, seules quelques communes dessalent l'eau de mer pour alimenter leurs habitants en eau potable.
Sur le papier, l'idée paraît alléchante pour "contourner" les problématiques de sécheresse.
Dans les faits, plusieurs limites s'opposent à sa généralisation.

Boirez-vous bientôt de l'eau des océans depuis le robinet de votre habitation ? L'option est en tout cas envisagée, voire privilégiée par certains territoires français. L'un d'eux, l'Île-Molène, est l'une des seules communes en France à utiliser majoritairement de l'eau de mer comme eau potable... après avoir enlevé le sel, bien sûr. En cause, les très faibles précipitations de ces derniers mois. Sans l'unité de désalinisation, "on aurait tenu deux ou trois semaines en juillet et c'était terminé", assure Didier Delhalle, maire de Molène, dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article.

La machine installée début juillet permet d'assurer 60% de la consommation d'eau quotidienne de l'île. Pour cela, elle aspire trois litres d'eau de mer pour obtenir un litre d'eau douce. Résultat, les deux tiers de l'eau pompée reviennent dans l'océan... proportionnellement plus chargé en sel. Coût de l'opération : 50.000 euros. Un choix de la mairie puisque s'il avait fallu faire venir l'eau depuis le continent, la facture aurait été encore plus salée.

En France, une autre commune songe à installer une telle machine. Il s'agit de Rogliano, en Corse. Le maire, Patrice Quilici, entend mettre en œuvre cette usine de désalinisation dès le 20 août prochain afin de remplir les réserves d'eau douce, rapporte la presse locale. Dans le monde, il existe 17.000 stations de dessalement d'eau de mer. La moitié de la production a lieu dans les régions soumises aux températures les plus extrêmes, comme le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord. 

"Le besoin (de telles usines, ndlr) ne s'est pas encore fait ressentir jusque-là. Les derniers événements nous montrent qu'il va falloir installer des usines de dessalement pour être capable de garantir - pendant les périodes de sécheresse imprévisibles - l'alimentation de la population", avance Pierre Pauliac, directeur des infrastructures de traitement chez Suez, entreprise spécialisée dans la gestion de l'eau, dans ce reportage.

Les usines de dessalement, fausse bonne idée ?

Mais cette affirmation est contredite par de nombreuses études et scientifiques. D'abord, l'impact environnemental de ces usines est aujourd'hui de plus en plus critiqué, notamment par l'Onu qui lançait une alerte en 2019. En cause, le rejet de saumure (eau très chargée en sel) et son impact sur l'environnement. Selon plusieurs études, elle serait en partie responsable de l'augmentation de la température des océans.

Une telle opération demande aussi énormément d'énergie pour pouvoir être assurée jour et nuit. Un impératif qui ne colle pas franchement avec la demande de "sobriété énergétique" formulée par le gouvernement à l'approche de l'automne et des mois plus froids de cet hiver. Et ce, sans compter le prix d'un m3 d'eau produite de cette façon, qui est quatre fois plus élevé que la moyenne.

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Pour voir si cette solution serait viable en France, il faut regarder quels sont les territoires qui ont - actuellement - le plus besoin d'eau. Ainsi, selon le dernier bulletin de situation hydrologique de Météo-France, le niveau des nappes phréatiques est bas dans la plupart de l'Hexagone. Mais c'est dans les Alpes, le Centre-Val-de-Loire et le Massif Central que les stocks sont parmi ceux les plus préoccupants, en dehors de la région marseillaise. 

Pour toutes ces régions, il est difficile de penser qu'une usine de désalinisation soit la solution parfaite. Soit en raison de la distance par rapport à la mer et les investissements nécessaires, soit en raison de l'altitude.


Benoit Leroy | Reportage : P. Remy, S. Hernandez et J. Devambez

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