Le territoire métropolitain français vient de connaître un épisode de sécheresse hivernale inédit.
Les nappes phréatiques sont au plus bas, et les mois qui viennent s'annoncent tendus.
Comment adapter notre consommation d'eau à ces nouvelles conditions ?

"Anticiper". C'est le mot d'ordre du gouvernement, et la consigne que le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, compte transmettre aux préfets qui coordonnent les sept grands bassins du pays. La sécheresse hivernale, d'une ampleur inédite depuis le début des mesures de pluviométrie en 1959, a succédé à une année 2022 qui avait elle-même battu des records de chaleur et de sécheresse. Les ressources en eau du pays sont au plus bas pour la saison, et semblent augurer d'un été 2023 difficile.

Cinq départements déjà en alerte renforcée

Anticiper, c'est ce que font 5 départements en France, placés en alerte au moins partiellement, et déjà soumis à des restrictions d'eau, en plein hiver. Dans l'Isère, le Var, les Bouches-du-Rhône, les Pyrénées-Orientales et l'Ain, une partie de la population est ainsi privée d'arrosage ou de nettoyage des véhicules. Les mesures prises donnent une idée de ce qui attend probablement de nombreux départements à la suite de la réunion des préfets coordonnateurs de bassin avec le ministre de la Transition écologique, prévue ce lundi soir.

"Sobriété et innovation"

Les habitants, les collectivités et les professionnels seront appelés à réduire leurs prélèvements d'eau, plus ou moins fortement selon les secteurs. "Si on ne prend pas ces mesures et s'il ne pleut pas, ça veut dire que cet été on n'a pas d'eau pour les touristes, pour les agriculteurs, on n'a pas d'eau pour les piscines", résume le maire PCF d'Elne (Pyrénées-Orientales), Nicolas Garcia, dont la commune est déjà sous restrictions. Christophe Béchu a aussi estimé que dans les années à venir "on aura entre 10 et 40% d'eau disponible en moins", appelant à "la sobriété et à l'innovation"

Une tarification progressive ?

De nombreuses pistes existent, outre les restrictions préfectorales, pour limiter la consommation des Français et l'adapter à ce qui pourrait devenir une situation fréquente. Selon l'hydrologue Agnès Ducharne, directrice de recherche au CNRS, des tarifs progressifs de l'eau, voire des quotas, pourraient être envisagés. "Une tarification progressive de l'eau peut être mise en œuvre", expliquait-elle à l'AFP l'été dernier : "Le premier m3 serait gratuit et ensuite l'eau serait de plus en plus chère, les gens qui utilisent beaucoup d'eau la payeraient au prix fort". Cette piste tarifaire avait d'ailleurs été mise en avant par le gouvernement, lors des Assises de l'eau en 2019. Un cran au-dessus, existe la possibilité d'établir des "quotas" par utilisateur, évoquait aussi Agnès Ducharne.

"Ecogestes"

Des mesures incitatives plutôt que directement restrictives, qui aideraient à installer les "écogestes" au quotidien. Des douches moins longues, et un usage raisonné de l'eau en cuisine, à la buanderie, ou au jardin. 93% de l'eau consommée par un ménage français est utilisée pour l'hygiène ou le nettoyage, et 7% seulement pour son alimentation- sa consommation directe d'eau potable ne comptant que pour 1%

La chercheuse de l'INRAE Fabienne Trolard estime qu'il faut aider les personnes disposant d'espaces extérieurs à stocker l'eau de pluie dans des volumes plus importants qu'actuellement, pour l'exploiter pour certains de nos usages, comme elle l'explique au Huffington Post. En construisant par exemple "des citernes sous les immeubles", comme cela se pratique déjà en Allemagne ou en Belgique, une piste qui compterait parmi celles étudiées par le gouvernement pour son "plan eau", qui sera présenté dans la deuxième quinzaine de mars.

La piste de la récupération des eaux usées semble aussi être sur les tablettes du gouvernement. Leur réutilisation n'est que de 1% en France, tandis qu'elle est déjà de 14% en Espagne, ou même de 85% en Israël. Le cadre législatif devrait évoluer pour permettre leur usage, mais de vastes chantiers d'adaptation technique sont à prévoir.

Enfin, un "écogeste" contre-intuitif existe : réduire sa consommation d'électricité. Une habitude que les Français ont déjà prise cet hiver dans le cadre de la sobriété énergétique, et qui pourrait être vertueuse pour limiter la consommation d'eau à grande échelle. "En hydroélectricité, si on turbine moins, l’eau retenue dans les grands barrages, c’est de l’eau que l’on garde pour plus tard", explique ainsi Agnès Ducharne, "quant aux centrales électriques, (...) elles ont besoin d’eau pour le refroidissement des installations". De beaucoup d'eau, peut-on ajouter, puisque le refroidissement des centrales électriques compte pour 31% de la consommation d'eau en France- contre 45% pour l'agriculture, et seulement 21% pour l'eau potable.


Frédéric SENNEVILLE

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