Dans la région rurale de Castille-La Manche, l'une des plus pauvres d'Espagne, le fruit sec séduit de plus en plus d'agriculteurs.
Bien plus cher à la vente, il est aussi moins contraignant à cultiver, sur ces terres souvent frappées par la sécheresse.
Mais la transition vers cette nouvelle culture peut prendre plusieurs années.

Sécheresse oblige, de nombreux agriculteurs partout en Europe se voient contraints de revoir leurs pratiques et de s'adapter pour survivre face au changement climatique. En Espagne, de plus en plus d'entre eux ont abandonné la culture de l'olive pour celle de la pistache, un "or vert" plus facile à produire et plus rémunérateur, sur lequel le journal britannique The Guardian s'est penché. Ce revirement pourrait même permettre de revitaliser l'une de ses plus pauvres régions du pays, située au cœur des terres : la Castille-La Manche, menacée par le déclin économique et le dépeuplement.

Six à huit euros le kilo

Pour cause, la différence entre le prix de vente d'un kilo d'olives et un kilo de pistaches s'avère écrasante : 65 à 85 centimes d'euros pour les olives, six à huit euros pour les pistaches. Soit des gains qui peuvent augmenter de plus de 800%. Les agriculteurs ont aussi fait le choix de replanter leurs champs de blé et leurs vignobles avec des pistachiers, "beaucoup plus rentables et bon marché à produire", commente auprès du Guardian Gustavo Adolfo Gálvez, producteur de pistaches près de Tolède. "Et cela signifie que beaucoup plus d'agriculteurs peuvent survivre", ajoute-t-il. 

Et même faire revenir des populations qui ont abandonné la campagne pour la ville. "Les gens de mon village sont partis à la ville parce qu'ils ne pouvaient pas survivre en tant qu'agriculteurs", raconte-t-il. "Mais maintenant, ils voient que même avec seulement 10 ou 15 hectares, on peut gagner décemment sa vie."

"Elle peut supporter la chaleur et le froid"

Dès 1986, le gouvernement régional de la Castille-La Manche s'est lancé dans un projet de recherches pour trouver des cultures alternatives pour ses agriculteurs, et seule l'option de la pistache s'est révélée concluante. "Elle peut supporter la chaleur et le froid, et prospérer dans un sol pauvre et peu profond", explique au journal José Francisco Couceiro López, membre de l'institut régional de recherche et de développement agricole. La demande, elle, se révèle forte, et l'offre encore réduite. L'an passé, l'Espagne a récolté 2800 tonnes de pistaches sur 70.000 hectares, presque toutes dans cette région, et pour la plupart biologiques. "Nos pistaches sont les meilleures du marché", assure Gustavo Adolfo Gálvez. 

Reste que la transition prend du temps : il faut "attendre au moins sept ans avant la première récolte décente", pointe José Francisco Couceiro López. Par ailleurs, les pistaches résistent bien à la sécheresse, mais nécessitent tout de même beaucoup d'irrigation au moment de la formation de la noix. En Iran, les pénuries d'eau ont réduit la production de 35 % l'année dernière, tandis que la sécheresse dans le sud de la Turquie a fait chuter la récolte de 40 %. Aux côtés de la Californie, ces deux pays représentent près de 90% de la production mondiale du fruit sec. 


M.L

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