Sécheresse : l'utilisation des eaux usées encore largement à la traîne en France

par TD
Publié le 27 février 2023 à 14h06
Sécheresse : l'utilisation des eaux usées encore largement à la traîne en France

La sécheresse qui touche la France nécessite de repenser les usages de l'eau.
Parmi les pistes explorées figure celle de l'utilisation des eaux usées, très largement rejetées dans la nature aujourd'hui.
On estime qu'en France, à peine 1% des volumes qui transitent par les stations d'épuration est réutilisé.

Au Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron a évoqué la sécheresse qui touche le pays et appelé de ses vœux "un plan de sobriété sur l'eau" inspiré de celui relatif à la "sobriété énergétique". Nous serons "confrontés, comme on était l'été dernier, à des problèmes de raréfaction (d'eau) : plutôt que de s'organiser sous la contrainte au dernier moment avec des conflits d'usage, on doit planifier tout ça", a lancé le chef de l'État. Il a par exemple indiqué qu'il serait nécessaire de "mieux récolter l'eau de pluie", tout en déplorant "moins de fuites dans les réseaux d'eau". Le tout avec une meilleure "utilisation de l'eau potable selon les usagers". À n'en pas douter, de multiples progrès restent possibles en France, en particulier en ce qui concerne la réutilisation des eaux usées, encore très peu développée.

Des mesures pour passer à la vitesse supérieure

Le gouvernement table actuellement sur un "plan eau" dont la présentation est attendue dans les semaines à venir, en mars. Parmi les pistes évoquées figure un stockage accru, mais aussi une plus ample réutilisation des eaux usées. Et pour cause, elle est à l'heure actuelle de moins de 1% en France, proportion largement inférieure à celle observée en Italie (8%), en Espagne (14%) ou bien encore en Israël (85% !). Le retard français fait, malgré tout, écho à celui du reste du continent, puisque la Commission européenne note que plus de 40.000 millions de m³ d'eaux usées sont traités à l'échelle d'une année, mais qu'à peine plus de 2% seulement sont réutilisés.

L'Observatoire régional de santé d'Île-de-France (ORS-IDF) rappelle que "dans le cycle d’assainissement de l’eau 'classique'", les eaux usées "sont rejetées dans le milieu naturel", après leur passage dans l'une des quelque 19.000 stations d'épuration dont est doté le territoire. La réutilisation des eaux usées épurées (REUE) "propose de récupérer directement ces eaux usées épurées, de les traiter éventuellement une nouvelle fois et de s’en servir pour toutes sortes d’usages". Arrosage public, agriculture...

Comme l'expliquait il y a quelques mois la maître de conférence Julie Mendret, "un nouveau décret relatif aux usages et aux conditions de réutilisation des eaux usées traitées est paru en France" en mars 2022. "À l’irrigation agricole et des espaces verts viennent ainsi s’ajouter des usages urbains tels que le nettoyage de la voirie, le nettoyage des réseaux (hydrocurage) ou la lutte contre les incendies..." Néanmoins, le texte "exclut [...] d’y avoir recours pour des usages alimentaires, liés à l’hygiène corporelle et du linge, des usages d’agrément (piscines, fontaines, etc.), ainsi que les usages en intérieur dans les établissements accueillant du public (établissements de santé, d’hébergement de personnes âgées, crèches, écoles…) et les locaux d’habitation". 

La spécialiste juge néanmoins le cadre législatif "encore très restrictif" et redoute que "le champ d’application" réduit du décret "et les lourdeurs administratives puissent décourager les porteurs de projets".

Un volontarisme politique et privé

Le plan à venir du gouvernement permettra peut-être d'aller plus loin dans les mois à venir. Il s'agira notamment de garantir que la meilleure réutilisation des eaux usées ne s'accompagne pas d'un accroissement des risques. Comme le souligne l'ORS-IDF, "compte tenu des éléments présents dans les eaux usées, la réutilisation d’une eau de mauvaise qualité peut présenter des risques pour la santé et l’environnement". Que ce soit à cause des pesticides, des métaux lourds ou encore des diverses bactéries et micro-organismes. Un "traitement adéquat" est alors plus que jamais nécessaire, et même "impératif dans le

cas d’une REUE".

Notons que l'an passé, l'entreprise Veolia indiquait vouloir équiper une centaine de ses stations d'épuration en France afin leur permettre de fournir de l'eau à des fins non potables. Un premier pas qui accompagne une prise de conscience des acteurs du secteur.

L'agriculture pourrait bénéficier à moyen  et long terme de cette évolution des usages. On note que l'irrigation des terres cultivables utilise, en moyenne, chaque année 10% de l'eau prélevée à travers l'Hexagone.


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