La production hydraulique a largement pâti l'an passé de la sécheresse qui a frappé le pays, en particulier pendant l'été.
Une situation qui se poursuit cet hiver : la France a enregistré un déficit de pluviométrie record ces derniers jours.
Certains cours d'eau perdent d'ores et déjà de leur volume, ce qui pourrait menacer la production de certains barrages.

Avec plusieurs mois d'avance, les images de cours d'eau asséchés se multiplient dans l'Hexagone, au point même d'inquiéter les gestionnaires de barrages. Jamais un épisode de sécheresse n'avait été aussi long : le record de 32 jours sans véritable pluie a été décroché cette semaine, une séquence d'autant plus préoccupante qu'elle survient en hiver, à l'heure où les nappes phréatiques devraient se recharger, après avoir été mises en péril par la sécheresse de l'été 2022. Un phénomène accéléré par le changement climatique, et dont la production hydroélectrique pourrait pâtir dans les mois à venir. 

L'an passé déjà, la France n'a pas pu compter sur l'électricité de ses barrages et certains gestionnaires craignent que le scénario ne se répète cette année. Des inquiétudes d'autant plus fortes que l'hydroélectricité est la deuxième source de production dans l'Hexagone, derrière le nucléaire, et la première en ce qui concerne l'électricité renouvelable. En 2021, les centrales hydroélectriques françaises ont produit 12% du mix énergétique métropolitain, selon EDF.

Une production électrique arrêtée avec des semaines d'avance

En 2022, la production hydroélectrique avait atteint son "plus bas niveau" depuis la sécheresse de 1976, "en raison des conditions climatiques exceptionnellement chaudes et sèches", a indiqué le 16 février dernier le gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE. La production hydraulique d'EDF a baissé de près d'un quart (22,4%) par rapport à 2021. L'été dernier, au début du mois d'août, les réservoirs exploités par EDF atteignaient un taux de remplissage de "64,4%, soit 15 points en dessous de la moyenne historique", comme l'expliquait l'opérateur à TF1info

Depuis, les barrages se sont bien remplis après la sécheresse estivale, soulignait RTE mi-janvier. Mais dans certaines régions, de nouveaux signaux inquiétants refont surface, de nombreux cours d'eau affichant déjà des volumes d'eau très bas. Dans les Pyrénées-Orientales, département passé jeudi en alerte renforcée pour la sécheresse, des restrictions inédites en plein hiver, le barrage du lac des Bouillouses concentre les inquiétudes. Alimenté par le fleuve de la Têt, il est contraint d'arrêter prématurément sa production d'électricité dès la semaine prochaine, contre fin mars habituellement, comme le relaie France 3 Régions

La retenue d'eau doit se remplir théoriquement avec la fonte des neiges, mais pour l'heure, son niveau est trop bas, et cette réserve doit être préservée pour la saison estivale. Pour cause, le lac des Bouillouses ne contient actuellement que 2,7 millions de mètres cubes d'eau, contre le double à la même période l'an dernier. Or 1,2 million de mètres cubes sont nécessaires notamment pour fournir de l'eau potable aux communes alentour, un seuil qui sera bientôt atteint.

Du côté de la Dordogne, le barrage de Tuilières à Saint-Capraise de Lalinde produit en temps normal 148 GWh par an, l'équivalent de la consommation annuelle de 60.000 habitants. Ce rythme de production semble bien difficile à atteindre cette année, puisque le cumul moyen de pluie ne grimpe qu'à 0,8 mm ces dernières semaines dans la région, contre 80 mm habituellement à la même période, comme le souligne aussi France 3 Régions. Selon le site, EDF a déjà commencé ces dernières années à relâcher les vannes en été face aux débits des rivières très bas, pour conserver une réserve minimale pour l'irrigation et l'utilisation locale de la ressource en eau, et ce phénomène devrait s'amplifier à l'avenir.

Les réserves d'eau responsables de l'aggravation des sécheresses ?

L'an passé, "une disponibilité maximale de l’hydraulique a pu être assurée durant la période hivernale grâce à une gestion responsable des producteurs durant l’été", veut tout de même rassurer RTE. Cette gestion sera mise à l'épreuve dans les mois à venir, le gouvernement envisageant de possibles restrictions en eau dès le mois de mars.

Reste que, pour certains spécialistes, les systèmes des retenues d'eau en général pourraient s'avérer contre-productifs lorsque la sécheresse s'installe dans la durée. "De nombreuses études montrent que l'efficacité des barrages est très réduite pour les sécheresses longues", expliquait en 2019 dans un article l'hydroclimatologue Florence Habets, directrice de recherche au CNRS. Dans certains cas, les installations ont même amplifié l'intensité et la durée de ces épisodes, selon la spécialiste, qui pointe un "cercle vicieux" menant à créer de nouveaux stocks d'eau, alors même que les longues sécheresses sont pourtant des "évènements malheureusement voués à devenir plus fréquents dans le contexte du dérèglement climatique".


Maëlane LOAËC

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