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Supprimer ses mails est-il réellement un geste écolo ?

Caroline Quevrain
Publié le 9 septembre 2022 à 18h18
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Selon une publication, la suppression des mails serait plus énergivore que leur stockage.
Les supprimer reste malgré tout une bonne idée, même si les économies sont minimes.
D’autres gestes existent en vue d’une sobriété numérique.

Éteindre la lumière, couper l’eau, mais aussi supprimer ses mails… Pour moins consommer d'énergie, les injonctions se multiplient. Et même la gestion de sa boite mail fait l’objet de discussions : faut-il ou non stocker des milliers de mails, parfois jamais consultés ? Dans un monde où la pollution numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre, d’après l’Ademe, la question n’est pas anodine.

Alors que des ministres, à l’instar de Barbara Pompili aux 150 citoyens de la Convention pour le climat, enjoignent les particuliers à adopter ce bon geste pour la planète, d’autres spécialistes estiment qu’il s’agit là d’une erreur. D’après ce compte Twitter, supprimer ses mails serait même contre-productif : "Il a été démontré plein de fois que faire le ménage dans les mails consomme PLUS d’énergie que les laisser dormir". Une étude est ici brandie comme preuve.

Commandée par McAfee, l’éditeur de logiciels, elle s’intéresse donc à l’impact environnemental du spam, cet email non sollicité et envoyé de manière non ciblée, au plus grand nombre. L’étude souligne que "la plus grande source de consommation d'énergie et d'émissions liées aux spams provient des utilisateurs finaux qui consultent et suppriment les spams (52%)".

Une bonne idée... mais limitée

Supprimer ses mails, ses spams dans le cas présent, consommerait donc énormément. Et in fine, ne serait pas un geste écolo à adopter. Si cet acte émet plus que le simple fait de stocker ses messages, il ne représente quasiment rien dans le cycle de vie d’un mail, qui est divisé en plusieurs étapes. Son écriture bien sûr, son envoi avec le transport de données, sa lecture puis son stockage. Les activités les plus polluantes sont d’abord le temps passé d’écriture et de lecture, puis le transit des données et enfin, le stockage, d’après Frédéric Bordage, fondateur de GREEN IT, groupe d’experts indépendants sur le numérique. 

"L’idée de supprimer ses mails est une bonne idée, mais elle ne sert pas à grand-chose", résume le spécialiste en sobriété numérique, d'après qui l’injonction s'apparente à de "l’écologie punitive" et, surtout, ne serait "pas efficace". Il serait préférable de traiter le problème de la pollution numérique à la racine et de tout simplement envoyer moins de mails, et surtout moins envoyer de fichiers lourds en pièce jointe, tels que des vidéos ou des photos. 

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C’est aussi le point sur lequel insiste l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie, lorsqu’elle souligne que "l’impact d’un mail dépend du poids des pièces jointes, du temps de stockage sur un serveur et du nombre de destinataires". Parmi ses recommandations, figure la compression de la taille des pièces jointes ou leur envoi "grâce à des sites de dépôt temporaire", comme le site We Transfer, ou encore la limitation du nombre de destinataires.

Supprimer manuellement ses mails a donc plus d’impact que de simplement les stocker, puisque cela représente du temps passé devant son ordinateur, à la différence de la seconde option. Et le gain serait à relativiser, assure Frédéric Laborde en renvoyant à un cas concret : "Disons que vous supprimez 12.000 mails, c’est-à-dire tous vos mails de l’année si l’on considère que vous manipulez 50 mails sans pièce-jointe par jour, pendant 240 jours ouvrés. En supprimant ces 12.000 mails, vous allez économiser l’équivalent de 1 kg de gaz à effet de serre (GES). À titre de comparaison, si vous repoussez de six mois la durée de vie de votre smartphone, vous économiserez 15 kg de GES". 

D’après le spécialiste, se focaliser sur des petits gestes avec peu d’impact ne permet pas de s’attaquer aux sujets de fond. Et à ce qui pollue réellement dans le secteur du numérique, à savoir la fabrication des équipements, leur multiplication dans les foyers et leur durée de vie, sans cesse raccourcie. Ainsi, la fabrication d’un appareil, qui nécessite des ressources importantes comme l’eau ou de l’énergie, représente deux tiers à trois quarts de son impact environnemental. Le reste concerne seulement son utilisation.

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