Les tempêtes Ciaran et Domingos qui ont frappé l'ouest de la France ne sont pas sans conséquence sur la faune locale.
De nombreux oiseaux marins ont notamment été retrouvés ces derniers jours, affaiblis ou morts, sur les plages et dans les jardins.
Les crues et inondations d'ampleur qui sévissent dans le Pas-de-Calais sont, elles, réputées mettre en danger les poissons.

"Les oiseaux aussi subissent l’épreuve". Après le passage de la tempête Ciaran et de la dépression Domingos dans l'ouest de la France la semaine dernière, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a alerté en début de semaine sur l'impact de ces phénomènes extrêmes sur la faune locale. 

"Le centre de soins de la faune sauvage de la station LPO de l'Ile Grande (Côtes-d'Armor) a recueilli une multitude de victimes. Même constat au centre de soins LPO Aquitaine d’Audenge (Gironde) et dans les réserves naturelles gérées par la LPO sur l’arc Atlantique", détaille dans un communiqué daté du 7 novembre l'association précisant recevoir "des centaines d’appels demandant assistance et renseignements".

Les recommandations de la LPO

Dans la perspective d'autres tempêtes hivernales, l'association a listé sur le réseau social X, anciennement Twitter, les recommandations de rigueur pour secourir un oiseau en détresse. Elle conseille en premier lieu de "s’assurer que l’animal est réellement en danger (apathie, aile pendante, trace de saignement, impossibilité de se tenir sur ses pattes)". Puis de "se protéger en utilisant des gants et en restant vigilant face aux réactions de l’oiseau", avant de "capturer l’oiseau avec prudence et sans précipitation, à l’aide d’un tissu épais." Il s'agit ensuite de "maintenir les ailes collées au corps et la tête cachée" et de "ne jamais fermer son bec avec un élastique ou du ruban adhésif". 

Enfin, il est recommandé de "placer l’oiseau dans un carton et l’isoler au calme dans une pièce sombre et tempérée en attendant de le transférer vers une structure habilitée."  À noter qu'il est recommandé de "ne pas lui donner à manger ni à boire, au risque de l’étouffer ou de lui faire ingérer une nourriture inadaptée."

"Pour un oiseau récupéré, dix sont morts sans être trouvés"

Alors que de nombreux cadavres de cormorans, mouettes ou goélands ont notamment été découverts, empêtrés dans les arbres déracinés, l'association estime "que pour un oiseau récupéré, dix sont morts sans être trouvés." Et pour cause : la plupart des oiseaux trop affaiblis tombent dans la mer et meurent.  Alors que les vents ont soufflé à plus de 200 km/h en Bretagne au cours de la tempête Ciaran, beaucoup de ces oiseaux pélagiques vivant en haute mer ont également "été projetés à l’intérieur des terres."

C'est ainsi que des espèces traditionnellement absentes de nos territoires ont été aperçues ces derniers jours par des amateurs ou des ornithologues, tels que des Océanites tempête, des mouettes de Sabine qui vivent plutôt vers le Groenland ou le Canada, ou encore des albatros aperçus vers Quiberon. "Les oiseaux marins ne peuvent pas s’abriter. Soit, ils se posent en mer et dérivent à cause du vent – c’est comme ça qu’on retrouve parfois des oiseaux d’Amérique sur les côtes européennes ! –, soit ils restent en vol et se fatiguent", détaillait en 2020 auprès de Ouest-France François Thoumy, délégué de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) Ille-et-Vilaine/Bretagne.

Les espèces terrestres qui, à la différence des espèces marines, se cachent instinctivement en cas de tempête, dans des trous, des bosquets ou des recoins, n'ont pas été épargnées non plus par les récentes tempêtes. Outre les blessures engendrées par les rafales, aux pattes et aux ailes principalement, ces dernières doivent désormais composer avec les dégâts engendrés par la tempête sur leur habitat, les forêts et les arbres se trouvant de fait très endommagés.

Les poissons piégés par les crues d'ampleur

Conséquences directes du passage de la tempête Ciaran quelques jours auparavant, les crues et inondations qui frappent le Pas-de-Calais depuis le début de semaine ne sont pas non plus sans conséquence sur la faune locale. Ces phénomènes sont en effet réputés impacter, voire détruire, les habitats de la faune terrestre et piéger les poissons. "Ces inondations créent des perturbations évidentes sur le vivant, des déplacements massifs de faune", expliquait à Sciences et Avenir, en 2016, dans la foulée d'inondations en Seine-et-Marne, le biologiste Gilles Bœuf, spécialiste de la biodiversité et ancien conseiller de Ségolène Royal, alors ministre de l'Environnement. 

"J'ai vu dans les Pyrénées, lors de fortes crues, des truites en plein champ, à plus de trente mètres du cours d'eau. De plus, beaucoup de petites espèces de poissons qui ne sont pas les nageurs les plus performants, sont emmenés vers l'aval, avec le flux d'eau important. Ils vont se retrouver quelquefois très loin des territoires desquels ils sont partis", illustrait-il encore à l'époque au sujet des crues d'ampleur. Et de détailler : "Ceux qui nagent très bien, comme les salmonidés, les truites, peuvent revenir assez vite. Par contre, ceux qui ne sont pas des nageurs fantastiques, comme les carpes, les cyprins, etc, auront du mal à revenir dans la zone initiale. Or dès qu'on est dans une zone qu'on ne connaît pas, le danger augmente, on est plus exposé aux prédateurs".


Audrey LE GUELLEC

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