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Toutes les rivières sont-elles polluées au glyphosate, comme l'explique Jean-Luc Mélenchon ?

Thomas Deszpot
Publié le 8 mai 2022 à 15h30
Si les polluants sont très fréquents dans les cours d'eau français, le glyphosate n'y est pas systématiquement retrouvé.

Si les polluants sont très fréquents dans les cours d'eau français, le glyphosate n'y est pas systématiquement retrouvé.

Source : Illustration Jacques Dillies via Unsplash

Sous l'étendard de la Nouvelle Union populaire écologique et solidaire (Nupes), Jean-Luc Mélenchon défend un accord aux législatives dont il vante notamment la portée écologique.
Il est urgent d'agir, assure le chef de file des Insoumis, prenant en exemple les cours d'eau français, qui seraient "tous pollués au glyphosate".
Si les fleuves et rivières sont largement pollués, le glyphosate est toutefois loin d'être systématiquement relevé.

Invité le 6 mai sur France 2 après la création de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), Jean-Luc Mélenchon a évoqué les enjeux des élections législatives à venir et justifié la création d'une telle alliance. Au cours de cette interview, le chef de file des Insoumis a regretté un "laisser-aller complet de la part du pouvoir" dans plusieurs domaines, l'environnement en particulier.

"On nous dit que toutes les rivières de France sont polluées au glyphosate", a-t-il notamment indiqué. "Et que va-t-on faire ? Rien !" Un problème majeur à ses yeux, tout comme la sécheresse qui touche d'ores et déjà de multiples départements avant même que n'ait commencé la période estivale. 

Du glyphosate dans "seulement" un relevé d'eau sur deux

À l'automne 2019, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) expliquait que "dans le cadre de son dispositif de phytopharmacovigilance pour détecter d’éventuels effets indésirables des produits phytosanitaires", elle avait procédé à la collecte d'un "ensemble de données de surveillance relatives à la présence de résidus de substances dans les milieux, les expositions et les impacts sur la santé humaine et les écosystèmes". Dans son viseur ? On retrouve par exemple le glyphosate, cet herbicide controversé classé comme un "cancérogène probable" en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence de l’OMS.

Les observations de l'Anses tendent à contredire Jean-Luc Mélenchon. "Les analyses réalisées en 2017 montrent la présence fréquente du glyphosate [...] dans les eaux de surface telles que les rivières et les lacs", apprend-on, mais cette substance a été identifiée dans "50 % des prélèvements", et pas dans l'intégralité. Suffisant toutefois pour induire "une exposition des organismes aquatiques", explique l'agence, même l'ensemble des eaux dites "de surface" ne sont pas contaminées. "Les concentrations observées sont généralement inférieures aux valeurs toxicologiques de référence en vigueur pour les environnements aquatiques avec un seul dépassement en onze ans de surveillance", ajoute l'Anses.

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Si l'on se tourne vers le monde associatif, il est possible d'observer avec plus de précision la situation à l'échelle du territoire. À partir de données compilées en 2015, Générations Futures a rédigé un rapport relatif à la "présence de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés dans les eaux de surface en France". Les relevés passés au crible ont été piochés sur le portail gouvernemental Naïades, ce dernier s'appuyant sur le travail des agences et offices de l’eau, ou bien encore de l'Office français de la biodiversité. 

Générations Futures

"En l'absence d'une uniformisation des méthodes et des listes de substances recherchées, les comparaisons entre les différents départements sont [... ] à considérer de manière indicative", prévient l'association, dont les travaux permettent toutefois d'observer de fortes disparités territoriales. Si du glyphosate est retrouvé via la quasi-totalité des prélèvements effectués dans certains départements, il est constaté de façon plus épisodique ailleurs sur le territoire. Soulignons que près de "trois millions de résultats d’analyses des eaux superficielles" ont été étudiés pour réaliser ces travaux, ce qui permet de juger de leur solidité.

Si la présence du glyphosate n'est pas généralisée, comme le laisse entendre Jean-Luc Mélenchon, les représentants de Générations Futures ont toutefois lancé un signal d'alarme. "En moyenne, chaque département est pollué par 41 pesticides perturbateurs endocriniens. On peut redouter un effet cocktail", expliquaient-ils lors de la sortie de leur rapport. Tout en appelant à une plus grande accessibilité et harmonisation des données, afin que les citoyens puissent s'emparer de ces questions plus facilement à l'avenir.

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