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Arrêté polémique en Savoie : mais pourquoi chasse-t-on la marmotte ?

Publié le 12 octobre 2023 à 21h03

Source : JT 20h WE

En Savoie, un arrêté préfectoral autorisant la chasse à la marmotte fait polémique.
Ce texte peut surprendre et interroge sur les motivations qui poussent à viser cette espèce.
Si les marmottes étaient jadis consommées dans les montagnes, elles ne sont pas toujours chassées pour leur viande.

"Quel est l'intérêt de chasser des marmottes ?" Cette question, c'est un enseignant-chercheur basé à Grenoble qui l'a posée cette semaine sur les réseaux sociaux. Il réagissait alors à un article de presse évoquant le recours de six associations, opposées à un arrêté préfectoral pris en Savoie. L'occasion de s'intéresser aux raisons qui poussent aujourd'hui des chasseurs à viser ces rongeurs, indissociables de massifs alpins et pyrénéens.

400 marmottes tuées l'an passé en Savoie

La marmotte constitue un emblème des montagnes françaises, elle fait partie des espèces qui peuvent être chassées dans l'Hexagone, à l'instar d'autres mammifères tels que le blaireau, la belette ou le mouflon méditerranéen. En Savoie, un arrêté préfectoral a fixé les dates de la saison de chasse, avec des spécificités en fonction des différentes espèces. Depuis le 10 septembre et jusqu'au 11 novembre, il est ainsi possible de chasser la marmotte dans le département, du mercredi au dimanche ainsi que les jours fériés. 

Alors que plus de 20 millions d'animaux seraient tués chaque année par des chasseurs, on constate que la marmotte reste une espèce peu visée. On estime en effet qu'un peu plus de 1000 bêtes seraient "prélevées" chaque année à l'échelle du territoire. S'il s'agit de données déclaratives, fournies par les chasseurs eux-mêmes, cette évaluation chiffrée permet de mesurer le caractère assez confidentiel de cette pratique. À titre indicatif, 427 ont été abattues lors de la saison 2021-2022 en Savoie, selon la fédération des chasseurs du département.

Aux personnes qui s'étonnent de voir une telle espèce prise pour cibles, les chasseurs avancent une série d'explications. Ils évoquent notamment un "gibier peu commun, mais toujours apprécié des gastronomes". Des sites spécialisés proposent d'ailleurs des recettes, comme celle du civet de marmotte aux giroles. Des plats qui demeurent aujourd'hui consommés en de rares occasions, puisque l'époque où le rongeur était chassé dans les montagnes afin de garantir la subsistance des habitants est depuis longtemps révolue.

Autre argument mis en avant du côté des chasseurs, le fait que la marmotte "peut ponctuellement poser des problèmes aux éleveurs, en raison de la multiplication de ses terriers dans les pâtures". On retrouve en ligne dans la presse quelques exemples de ces nuisances, que ce soit en Suisse ou en France, dans le Parc national de la Vanoise. 

Des associations très remontées

Quand les chasseurs évoquent une tradition ancestrale et des animaux rarement visés de nos jours, les groupes de protection de l'environnement font valoir une série d'arguments. "Ce que l'on trouve fou, c'est que cette pratique soit toujours autorisée alors que la marmotte est une espèce menacée selon la convention de Berne", lançait début septembre au micro de France bleu une représentante associative. 

Dans ce texte international, qui vise à la conservation de la vie sauvage, la marmotte figure bel et bien. Cela ne constitue toutefois pas aux yeux du gouvernement un motif suffisant pour en interdire la chasse, à l'instar de l'Italie qui l'a proscrite en 1992. Interpellé au Sénat ces dernières semaines, le secrétariat d'État chargé de la biodiversité a expliqué que "sur le plan juridique, seules les espèces de faune strictement protégées figurant à l'annexe II de la Convention de Berne sont des espèces protégées", ce qui n'est pas le cas de la marmotte. 

Une "exploitation légale de l'espèce sous certaines conditions" reste donc possible. "Sur le plan scientifique, il n'y a pas de fondement à interdire la chasse de la marmotte", faisait-on par ailleurs savoir. "Cette espèce n'étant pas menacée, il n'est pas envisagé de la classer en espèce protégée."

Si les effectifs de marmottes ne font aujourd'hui pas l'objet d'une préoccupation spécifique, des chercheurs mettent en garde contre les conséquences du changement climatique sur l'espèce. Le Groupe régional d'experts sur le climat en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (GREC-SUD) fait remarquer que "grâce à un suivi initié en 1990 sur la population de la réserve de la Grande Sassière (Savoie), il a été mis en évidence que la taille des portées décline constamment et ce à cause de l’amincissement de la couverture neigeuse hivernale qui accentue le froid dans les terriers". 

Les femelles, qui "sortent désormais d’hibernation amaigries", se révèlent trop maigres et "produisent un marmotton de moins par portée par rapport aux années 1990". Pour les spécialistes, il est donc utile de suivre de près l'évolution des populations, qui pourrait fluctuer de manière significative à l'avenir.


Thomas DESZPOT

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