L'ONG Greenpeace alerte, dans un rapport publié jeudi, sur "les échecs choquants" dans la gestion des pêches dans les eaux internationales.
Selon les chercheurs, en moyenne, 55% des stocks sont effondrés ou surexploités.
Quelles sont les principales espèces concernées ? TF1info s'est penché sur la question.

Une "crise des océans" et des "échecs choquants". Dans un rapport publié ce jeudi 6 juin, l'ONG Greenpeace fustige la gestion des ressources halieutiques dans les eaux internationales à travers la planète. Une gouvernance défaillante des organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) qui est, selon elle, à l'origine d'une importante surpêche. Ces organismes - comme la commission des thons de l'océan Indien (CTOI) - "ont échoué dans leur mandat de réguler la pêche, avec une moyenne de 55% de stocks effondrés ou surexploités" dans les populations de poissons gérés par les ORGP, selon le rapport rédigé par deux chercheurs.

Un seul État peut tout bloquer

Au cœur des critiques : la gouvernance de ces organisations régionales de gestion des pêches, qui sont chargées de faire le lien entre les différents pays pour permettre une régulation des espèces à une échelle globale. Or, selon le rapport, cette gouvernance est un "échec", avec un fonctionnement qui permet à un seul État de bloquer des "mesures vitales" et leur incapacité à suivre les avis scientifiques. Ainsi, l'étude estime que 95% de la biodiversité des poissons en haute mer n'est pas évaluée par les organisations. 

"Depuis la naissance des ORGP, il y a 70 ans, la santé de l'océan a décliné sans relâche, car elles ont échoué à empêcher la surpêche, la destruction d'espèces sensibles et d'écosystèmes marins vulnérables", souligne Greenpeace dans un communiqué de presse. "Globalement, c'est la catastrophe partout", détaille de son côté pour TF1info François Chartier, chargé de campagne océan et pétrole pour Greenpeace France. "On a 80 à 90% des stocks commerciaux de poissons qui sont soit complètement dans le rouge, soit au maximum". 

Parmi les espèces les plus impactées par ces gestions déficientes : le thon. "Tout le thon en boîte est concerné, qu'il soit pêché dans l'Atlantique ou dans le Pacifique. On a des surpêches massives, des quotas qui ne respectent pas les préconisations scientifiques, des problèmes de techniques de pêche, de transparence…", pointe François Chartier, qui souligne que ces problématiques impliquent des "bateaux français qui approvisionnent des conserveries, qui ensuite fournissent les plus grandes marques commercialisées dans les supermarchés français". Une pêche au thon qui impacte également la biodiversité océanique avec la prise d'autres espèces lors des activités de pêche, et notamment des requins, des requins baleines ou des tortues.

Le thon n'est pas la seule espèce concernée : les populations de merlu et de merlan sont également impactées par les problèmes de gestion de la ressource "car ce sont des pêcheries ciblées pour la production de farine par des flottilles très industrielles et très mobiles qui opèrent dans des zones très lointaines", détaille le chargé de campagne de Greenpeace, précisant que le saumon, lui, est moins touché "puisque le saumon sauvage est désormais rarissime et qu'il n'existe quasiment plus aucune pêcherie industrielle" pour ce poisson. 

L'espoir du traité sur la haute mer

Pour tenter d'y voir plus clair dans les stocks de poissons les plus en danger, le WWF a mis en place de son côté un "consoguide" pour détecter les espèces les plus menacées, notamment par la surpêche. Pour améliorer la situation, et préserver les ressources halieutiques à l'avenir, Greenpeace appelle également à accélérer la création d'aires marines protégées dans les eaux internationales et incite les pays à ratifier le traité de protection de la haute mer, qui offre "un motif d'espoir". "Le traité offre une possibilité de donner une direction plus vertueuse aux ORGP et donne la possibilité de mettre en place des outils de conservation et de lutte contre la surpêche", souligne François Chartier. Selon Greenpeace, si le texte entre en vigueur en 2025, "il permettra de protéger 30% des océans d'ici à 2030, offrant une chance à la vie aquatique de se rétablir après des décennies de mauvaise gestion par les ORGP". 

Début juin, sept États avaient notifié à l'ONU avoir ratifié le traité de protection de la haute mer. La France, elle, a lancé ce processus en mai dernier. Le texte pourra entrer en vigueur 120 jours après la 60e ratification.


Annick BERGER

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