Qu'est-ce qu'une "sécheresse éclair", phénomène de plus en plus fréquent en Europe ?

Publié le 17 avril 2023 à 11h25, mis à jour le 17 avril 2023 à 11h35

Source : JT 13h Semaine

Avec le changement climatique causé par les activités humaines, la fréquence des "sécheresses éclair" s'est accélérée.
Ces phénomènes sont plus difficiles à prévoir que les sécheresses dites "classiques".
Ils peuvent survenir en quelques semaines.

Plus brutales et plus intenses. Avec le changement climatique causé par les activités humaines, un phénomène inquiétant s'amplifie à travers le monde et notamment en Europe : les sécheresses éclair. Selon une étude publiée dans la revue Science le 13 avril, leur fréquence s'est accélérée ces dernières années, alors que ces sécheresses sont plus difficiles à prévoir et qu'il est plus compliqué de s'y adapter. Explications.

Des sécheresses capables d'apparaître en quelques semaines

Le concept de sécheresse éclair est apparu au début du XXIe siècle, mais a reçu une plus grande attention depuis la sécheresse de l'été 2012 aux États-Unis, considérée comme l'une des plus sévères connues dans le pays et qui s'est installée particulièrement vite, causant plus de 30 milliards de dollars de pertes économiques. Si l'on considère habituellement les sécheresses comme des phénomènes au long cours, quand les conditions sont réunies, certaines peuvent apparaître en quelques semaines. 

Et le changement climatique favorise ces conditions : le déficit de précipitation sur certaines zones et une évaporation accrue, liée à des températures plus hautes, a tendance à assécher les sols plus rapidement, ce qui favorise l'apparition de ces sécheresses éclair. Ces dernières durent généralement entre 30 à 45 jours quand les sécheresses classiques ont une durée moyenne comprise entre 40 et 60 jours, pointe l'étude de Sciences.

Pas assez de temps pour s'adapter

Ces sécheresses éclair sont dangereuses "à cause de leur apparition rapide", souligne Xing Yuan, auteur principal de l'étude et professeur en Chine à l'université des sciences de l'information et de technologie de Nankin. Elles sont difficiles à prédire et ne laissent "pas assez de temps pour se préparer", par exemple via des mesures de répartition des ressources en eau, détaille le chercheur qui alerte aussi sur l'effet de ces phénomènes sur les écosystèmes dans lesquels "la végétation n'a pas non plus assez de temps pour s'adapter". 

Depuis 1951, le nombre de sécheresses éclair enregistrées dans le monde est en constante augmentation, "notamment en Europe, dans le nord et l'est de l'Asie, le Sahel, et sur la côte ouest de l'Amérique du Sud", détaille Xing Yuan. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé une période de plus de 60 ans entre 1951 et 2014 et se sont appuyés sur des données combinant des observations satellites et au sol de l'humidité des terres.

Conséquence du changement climatique

Ces sécheresses éclair sont fortement liées aux gaz à effet de serre. À l'avenir, les chercheurs ont calculé les répercussions qu'auraient différents scénarios d'émissions sur les sécheresses éclair, en s'appuyant sur des modèles climatiques. Si les émissions sont modérées, la tendance à davantage de sécheresses éclair continuera malgré tout à se renforcer sur quasiment toutes les régions du globe. Si les niveaux d'émissions sont plus hauts, alors cette tendance sera encore accrue sur la plupart des régions. "Nous pensons que la réduction des émissions peut ralentir cette transition" vers plus de sécheresses éclair, avance l'auteur principal de l'étude.  

Le rapport montre également que la fréquence des sécheresses classiques s'est, elle aussi, accrue dans la plupart des régions depuis les années 1950, et qu'elles ont tendance à se déclarer plus rapidement. Malgré cela, il existe une vraie "transition des sécheresses lentes vers les sécheresses éclair", prévient Xing Yuan. Des résultats confirmés par les dernières observations du Giec dans son 6e rapport de synthèse publié en mars dernier : les experts de l'ONU sur le climat ont alerté sur le fait que "les années les plus chaudes que nous avons vécues jusqu'à présent seront parmi les plus fraîches d'ici une génération", faisant peser le spectre de canicules et sécheresses plus importantes dans les années à venir.


Annick BERGER

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