Redouté pour l'hiver prochain, c'est quoi le "Super El Niño" ?

Publié le 13 juin 2023 à 13h25, mis à jour le 14 juin 2023 à 9h27

Source : TF1 Info

Le phénomène climatique El Niño a officiellement commencé, a annoncé le 8 juin l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique.
Aujourd'hui, les scientifiques craignent le développement d'un "Super El Niño" à la fin de l'année.
Le dernier épisode de ce type remonte à 2015/2016, année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde.

L'enfant terrible du climat est de retour. Comme le laissaient présager les observations depuis plusieurs mois, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) a confirmé, le 8 juin, que le phénomène El Niño avait officiellement commencé et devrait "se renforcer graduellement" dans les mois à venir. Son arrivée inquiète puisqu'il est généralement associé à une augmentation des températures mondiales, laissant craindre une multiplication des événements météorologiques extrêmes.

Si le phénomène climatique est lancé, il reste désormais à déterminer son intensité. La dernière période El Niño remonte à 2018-2019, mais a été considérée comme très faible. En 2023, alors que la température des océans bat des records depuis des mois et que le changement climatique pourrait rendre les phénomènes climatiques plus extrêmes, la possibilité d'un "Super El Niño" n'est pas écartée par les scientifiques, la Noaa prédisant un "fort El Nino au cours de l'hiver 2023/2024".

Comment se forme un "Super El Nino" ?

En temps normal, lors d'un El Niño classique, les eaux de surface du Pacifique - où naît le phénomène - augmentent de moins de 1°C en moyenne. Mais lors d'un "super El Niño", une hausse de plus de 2°C est observée "dans l'ouest et l'est du bassin", explique Jérôme Vialard, spécialiste de l’océanographie et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. 

"On a deux familles de El Niño, qui viennent en deux parfums. Le premier vient dans le Pacifique central qui se réchauffe, ils sont généralement un peu faiblards. Le phénomène peut exploser en 'super El Niño' lorsqu'il se développe dans le Pacifique central et le Pacifique Est, et ceux-là deviennent très très forts", pointe le chercheur. Des événements climatiques extrêmes qui ont également "tendance à faire de la résistance avec un réchauffement dans l'est du bassin qui se prolonge parfois pendant plus de six mois", prévient le scientifique, sans que l'on sache exactement pourquoi.

Quels risques ?

Ce type de phénomène extrême ne s'est produit que trois fois lors des quarante dernières années : 1982/1983, 1997/1998 et 2016/2016. Le dernier a été particulièrement puissant et dévastateur puisque l'année 2016 est la plus chaude jamais enregistrée à l'échelle mondiale et que des scientifiques américains avaient alors observé une multiplication des épidémies dans le monde, notamment de dengue et de choléra. En France et en Europe, le "super El Niño" avait fait grimper le mercure à des niveaux jamais enregistrés. 

"Avec un super El Niño on pourrait aller chatouiller la barre symbolique des +1,5°C (de réchauffement planétaire par rapport à l'ère pré-industrielle, ndlr) avec des vagues de chaleur très très fortes dans certaines régions du globe", prévient Jérôme Vialard. Au-delà des effets habituels du phénomène en Amérique Latine, avec d'importantes pluies, des risques de glissements de terrains et une chute de la productivité de l'océan, en Indonésie et en Australie avec d'importants déficits de pluie et de violents incendies ou en Inde avec des effets sur les moussons, un "super El Niño" peut également "provoquer de forts événements précipitant sur la Californie" aux États-Unis, détaille le scientifique.

Par ailleurs, un "super El Niño" entraînerait des modifications encore plus brutales des températures du globe, dans un contexte de changement climatique dû aux activités humaines. Le Secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale, Petteri Taalas, a ainsi déjà tiré la sonnette d'alarme, insistant sur la nécessité de se préparer parce que "les répercussions sur la santé, la sécurité alimentaire, la gestion de l'eau et l'environnement seront considérables". Pour le moment, scientifiques restent toutefois très prudents sur la survenue d'un tel événement, puisque le phénomène reste très difficile à anticiper.


Annick BERGER

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