Un naturaliste accuse des chasseurs du Nord de tirer sur les canards d'une zone protégée belge.
D'après une vidéo en ligne, les Français attirent les volatiles de notre côté de la frontière.
Une accusation déjà dénoncée depuis plusieurs années par les environnementalistes belges.

"Zone de guerre", annonce le pré-générique de la vidéo postée sur Youtube, intitulée "Massacre à la frontière". Le naturaliste français Pierre Rigaux observe un vol de canards en direction de la frontière française. Dès qu'ils la franchissent, d'innombrables détonations retentissent. Une pluie de plombs retombe quelques instants plus tard. "On se croirait en guerre, on est à la frontière franco-belge", explique le militant environnementaliste. 

La situation dénoncée par la vidéo-choc se passe en lisière des Marais d'Harchies, dans la région belge de Wallonie, au jour d'ouverture de la chasse, le 21 août dernier. Au ras de cette réserve naturelle, où trouvent refuge des milliers d'oiseaux, passe la frontière française. De l'autre côté de celle-ci, des chasseurs français attendent que les canards la franchissent, pour déclencher leur feu nourri. Un vrai "ball-trap", a commenté Pierre Rigaux auprès du quotidien La Voix du Nord, qui a repéré sa publication.

Mais selon Pierre Rigaux, ils ne font pas qu'attendre, et habituent les anatidés (canards, oies, cygnes, notamment) à fréquenter les marais de leur secteur de chasse, en répandant des graines pendant les semaines précédant l'ouverture. "Agrainer" dans l'eau est interdit, et les chasseurs français se défendent d'une telle pratique, que la vidéo semble pourtant attester. "Les agents de l’OFB sont pointilleux sur ce genre de choses. S’ils trouvent des graines dans l’étang, on ne chasse plus", réagit Raoul Bary, responsable de l’association des chasseurs de gibier d’eau des étangs de Condé-sur-Escaut, auprès de La Voix du Nord.

Plus de 2000 tirs en 1h40

En tirant depuis le bord des étangs du côté français de la frontière, sur la commune de Saint-Aybert (Nord), ces chasseurs respectent la loi de leur pays. Ils se défendent d'ailleurs de viser spécifiquement les canards venus de Belgique, non sans cynisme. "Les chasseurs de gibiers d’eau ont un très gros défaut : on n’arrive pas bien à reconnaître les canards avec un drapeau belge", déclare encore Raoul Bary. 

Pourtant, l'impact sur les oiseaux de la zone protégée belge est effectif, et avait été dénoncé dès 2021. Une étude de l'association de protection de l'environnement wallonne Natagora chiffrait entre 684 et 1027 les anatidés abattus au seul jour d'ouverture de la chasse en 2020. Pour réaliser cette estimation, les experts avaient compté les coups de fusil français : 2054 avaient été entendus en seulement 1h40, soit une vingtaine par minute, ce qui valide l'impression de guerre évoquée par Pierre Rigaux. Il faut en moyenne 2 à 3 coups de fusil pour abattre un canard, d'où la fourchette assez large de l'estimation. 

Un décompte des passages d'oiseaux au-dessus de la frontière sur la période avait permis de constater une diminution de leur nombre assez proche de l'estimation d'individus abattus. Natagora met également en doute la possibilité que les chasseurs puissent réellement distinguer les espèces lors des tirs effectués en soirée, entre chien et loup. Si ces derniers sont légaux (deux heures avant le lever du soleil, et deux heures après son coucher), certaines espèces sont protégées en France aussi, et passent autant la frontière que les autres. C'est le cas notamment des fuligules et des canards chipeaux, dont la période de chasse est plus restreinte. 


Frédéric SENNEVILLE

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