Un immeuble de Soulac-sur-Mer est désormais à quelques mètres à peine de la mer, qui gagne chaque année du terrain.
Évacué dès 2014, le bâtiment va maintenant être détruit à compter de ce vendredi.

D'année en année, la mer remonte vers les terres et menace le "Signal", un immeuble qui s'érige au pied des dunes de Soulac-sur-Mer, en Gironde. Pris au piège de l'érosion de la côte, couplée à la montée des eaux provoquée par le changement climatique, le bâtiment de quatre étages va être détruit. Au terme de dix années de bataille juridique, sa démolition débute ce vendredi et doit s'étirer sur trois semaines. 

Capture LCI

L'immeuble a été dressé à flanc d'une dune désormais grignotée par les flots et transformée en falaise sableuse, qui menace de s'effondrer. Depuis la construction de l'immeuble en 1967, initialement à 200 mètres de l'océan, le trait de côte ne cesse de reculer, les vagues s'avançant de 4,5 mètres chaque année. Un contraste particulièrement saisissant sur les 30 dernières années, comme le révèlent les photos ci-dessus. Dorénavant, seule une petite vingtaine de mètres séparent les flots de la façade du bâtiment, lorsqu'ils achoppent sur la dune à marée haute.

Un "rêve transformé en cauchemar"

Ce recul du trait de côte est un phénomène naturel, à l'œuvre depuis 18.000 ans sur le littoral atlantique. Il s'explique par un déplacement massif de sédiments sous l'effet des vagues, des vents et des marées, explique à l'AFP Nicolas Bernon, ingénieur en risques côtiers à l'Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine. 

Selon les scientifiques de l'Observatoire, le littoral sableux du golfe de Gascogne pourrait ainsi reculer de 50 mètres, et les côtes rocheuses du Pays basque de 27 mètres, d'ici 2050. Le changement climatique précipite ce processus : il devrait engendrer ces 30 prochaines années une montée des eaux similaire à celle mesurée sur tout le siècle dernier, ce qui menace aussi d'accentuer le repli de 20 mètres de plus par endroits.

Les habitants des 78 appartements qu'abrite le "Signal" ont été évacués dès janvier 2014, après une série de tempêtes et de grandes marées. L'immeuble a été l'unique bâtiment achevé d'un vaste projet "Grande Motte" de plus d'un millier d'appartements en bord de plage. Une "erreur humaine", estime auprès de l'AFP Danielle Duprat, 74 ans, l'une des anciennes résidentes, qui décrit un "rêve transformé en cauchemar" pour "des gens de condition moyenne". "D'une année sur l'autre, on ne reconnaissait pas le paysage", se souvient-elle.

Fin 2020, après six ans de feuilleton juridico-administratif, les copropriétaires ont obtenu une indemnisation à hauteur de 70% de la valeur originelle de leur logement. La même année, un protocole "exceptionnel" est aussi signé entre l'État, la mairie de Soulac et la communauté de communes Médoc Atlantique, qui devient propriétaire de l’immeuble en vue de sa destruction.

Mais le problème de milliers de logements menacés continue de se poser ailleurs sur la côte. Car dans la région Nouvelle-Aquitaine, selon le Groupement d'intérêt public (GIP) littoral, principal acteur local de la gestion de l'érosion, entre 750 et 6700 logements et commerces pourraient être avalés par l'océan d'ici à la moitié du siècle, si rien n'est fait. Pour Nicolas Castay, directeur de cette structure financée par l'État, la Région et les collectivités du littoral, "l'affaire du Signal a été un révélateur, un drame pour avancer". Depuis, "les collectivités se sont équipées et outillées avec des spécialistes" pour lutter contre ce fléau.


M.L (avec AFP)

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