Marseille : l'impitoyable trafic de chardonnerets élégants, ces oiseaux chanteurs menacés de disparition

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Olga Lévesque, Michael Merle, Alexis Dubail
Publié le 5 avril 2024 à 13h05

Source : JT 20h Semaine

Le chardonneret élégant fait partie des 600 espèces d'oiseaux menacées de disparition en France.
Bien que sa capture soit interdite depuis quinze ans, certains n'hésitent pas à dépenser plusieurs centaines d'euros pour en faire un animal de compagnie.
Une enquête du JT de 20H de TF1 à Marseille fait la lumière sur ce sombre trafic.

Leurs plumes multicolores font un tabac sur le marché noir. Mais c’est surtout pour la beauté mélodieuse de leur chant que les chardonnerets élégants sont particulièrement prisés. Problème : il s’agit d’une espèce d’oiseaux protégée, car menacée de disparition, dont la capture et la détention sont interdites en France depuis quinze ans. En conséquence de quoi, un trafic très lucratif, prospérant au grand jour, s’est développé ces dernières années à Marseille (Bouches-du-Rhône). C’est l’objet du Grand Format du JT de 20H de TF1 à voir dans la vidéo en tête de cet article.

Les douces notes émises par le précieux volatile, Anaël Marchas les entend partout en arpentant les rues de la cité phocéenne. "Ça nous est même arrivé de tomber sur des braconniers en activité en plein milieu urbain, à proximité des habitations ou au milieu des passants dans les parcs", témoigne l’ornithologue, médiateur juridique au sein de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). D’autres chardonnerets sauvages, revendus en France, sont braconnés hors de l’Hexagone.

On en trouve un, par exemple, au milieu des vêtements et des chaussures sur les rayons d’un petit magasin marseillais. La commerçante ne compte pas le vendre, mais le garder en cage pour se distraire. "Il vient du bled", confie-t-elle à TF1, sans savoir qu’elle est filmée en caméra discrète. Les oiseaux sont, principalement, capturés en Algérie et en Tunisie, où ils migrent durant l’hiver, pour être acheminés par bateau vers la France, où ils sont ensuite revendus, dans la plupart des cas, sur la côte méditerranéenne et dans le Nord, sur des marchés dédiés ou sur Internet.

Via une des dizaines d’offres qui pullulent sur les réseaux sociaux, notre équipe est parvenue à entrer en contact avec un vendeur. "J’ai un chardonneret. Je vous le fais à 300 euros, mais dépêchez-vous, j’ai d’autres clients potentiels", prévient-il par messages. Avant d’inviter chez lui. "Il chante très bien. Asseyez-vous, vous allez l’écouter. Moi, je ne l’avais pas acheté trop cher. À la base, quand je l’ai eu, il était jeune, il avait deux ou trois mois", informe-t-il au fil de la discussion.

C’est le mode opératoire classique : acheter les oisillons pour quelques dizaines d’euros, puis les revendre à l’âge adulte, généralement entre 150 et 1.000 euros. Un business juteux que tente de freiner l’Office français de la biodiversité (OFB). À Draguignan, huit agents surveillent à temps plein ces trafics d’espèces protégées. "On a identifié plus de 120 cibles juste dans le Var, notre département", indique l’un d’eux. Peu de temps avant notre tournage, cette brigade de l’environnement a mené trois perquisitions et saisi ainsi une cinquantaine d’oiseaux détenus illégalement.

"Sur nos saisies au niveau national en 2021 et 2022, il y avait 700 oiseaux, dont la moitié étaient des chardonnerets élégants", élargit pour sa part Stéphane Durand, le responsable national du réseau CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) à l'OFB, selon lequel 30 fois plus de chardonnerets à l'état sauvage seraient braconnés en France chaque année. Parce que, outre la rentabilité du trafic, les condamnations restent rares. Mais le ton se durcit. L’an dernier, la cour d'appel de Montpellier (Hérault) a alourdi la peine prononcée en première instance contre un trafiquant récidiviste de chardonnerets élégants, de six mois à deux ans de prison ferme. Une peine record, alors que la population de l’espèce sur l'ensemble du territoire a chuté d'au moins 40% entre 2010 et 2020.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Olga Lévesque, Michael Merle, Alexis Dubail

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