Face à la flambée des prix de l'énergie, une PME du Lot-et-Garonne utilise depuis 2018 un four solaire inédit en France.
Celui lui aurait permis de faire baisser sa facture d'environ 20%.
Une innovation "visionnaire" qui s'inspire du four solaire d'Odeillo, dans les Pyrénées-Orientales.

C'est l'histoire d'une petite PME en avance sur son temps. Dans le Lot-et-Garonne, une société spécialisée dans la transformation de fruits utilise, depuis 2018, un four solaire inédit en France qui lui permet de limiter sa facture énergétique alors que de nombreuses entreprises sont touchées de plein fouet par l'envolée du prix du gaz et de l'électricité.  "À l'époque, je me disais : 'Soit je suis un visionnaire, soit je suis idiot', à l'heure qu'il est, je penche pour le côté visionnaire", plaisante, quatre ans après, Emeric Cadalen, PDG de Fruit Gourmet, entreprise de 43 salariés à Allemans-sur-Dropt, dans le nord de ce département du Sud-Ouest. 

Alors que les cours flambent, il estime avoir réduit d'environ 20% sa facture annuelle de gaz (50.000 euros auparavant) depuis qu'il a acheté son four à énergie solaire thermique, le seul en fonctionnement aujourd'hui en France, dont il se dit "démonstrateur". Son économie s'élèverait même à 30.000 euros avec des contrats "aux cours actuels", assure le dirigeant qui n'a pas pu mesurer, en revanche, les effets sur ses émissions de gaz à effet de serre.

Une chaleur pouvant être stockée

Le four solaire est installé sur le parking de son hangar de transformation. 200 mètres de carrés de miroirs solaires y sont installés, disposés en longues lamelles d'un mètre de large. Reprenant le concept de la lentille de Fresnel, "vieux comme le monde", elles réfléchissent la lumière du soleil - tournant grâce à un tout petit moteur pour suivre ses rayons - sur un conduit captant l'air extérieur. Chauffé jusqu'à 250 degrés, celui-ci alimente deux fours séchant ou pasteurisant bananes, pommes, pruneaux, fraises et figues, qui fonctionnent habituellement au gaz. Le week-end ou la nuit, quand la PME ferme ses portes, un autre tuyau achemine l'air chauffé  dans un conteneur hermétique, rempli de graviers de la Garonne qui permettent de stocker la chaleur, jusqu'à quatre jours, avant de la renvoyer vers les fours.

Un système "mid-tech" pour son inventeur, Didier Martin. Cet ingénieur des Mines, fondateur de l'entreprise IdHelio à Albi, dans le Tarn, s'est inspiré en partie du four solaire d'Odeillo, créé en 1969 pour des recherches scientifiques dans les Pyrénées-Orientales, et l'un des plus grands du monde. En visant des entreprises spécialisées dans le séchage - aliments, bois, matériaux de construction, déchets - "sur le bassin méditerranéen" ensoleillé, l'inventeur espère vendre "une dizaine" de ces systèmes par an dans le pays, pour un marché de 100-150 millions d'euros. Un essor qui pourrait s'accélérer avec la flambée des prix de l'énergie : Didier Marin assure recevoir aujourd'hui au moins deux demandes de devis chaque jour. 

Selon Richard Loyen, délégué général du syndicat des énergies renouvelables (Enerplan), cette innovation "inédite en France" survient alors que la filière solaire thermique "retrouve des couleurs". Lancée après le choc pétrolier de 1973, principalement pour chauffer des habitations, elle a été délaissée à l'époque de "l'électricité abondante" puis est restée dans l'ombre de son cousin, le solaire photovoltaïque, depuis les années 2000. Mais avec un coût de production de 40 à 60 euros le mégawatt-heure (MWh), le solaire thermique est devenu très compétitif face au gaz qui oscille entre 100 et 125 euros actuellement.


La rédaction de TF1info TF1 | Reportage Grégoire Guist'Hau, Nicolas Forestier

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