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VIDÉO - Fourmis envahisseuses : que sait-on des Tapinoma Magnum, qui colonisent de plus en plus de jardins ?

Frédéric Senneville
Publié le 17 mai 2022 à 11h36
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Dans un quartier de Saumur, des fourmis empoisonnent le quotidien des habitants.
La Tapinoma Magnum envahit les jardins, et il est difficile de s'en débarrasser.
Le chercheur Jean-Luc Mercier, spécialiste des fourmis, explique à TF1info les caractéristiques de cet insecte envahissant.

Dans le jardin de Jean-Yves, elles sont partout, comme on peut le voir dans le reportage en tête de cet article. Il suffit de poser un pied sur sa pelouse pour que des dizaines de fourmis grimpent sur votre chaussure, grouillantes et innombrables. La Tapinoma Magnum a envahi ce quartier de Saumur (Maine-et-Loire) depuis cinq ans, et empoisonne la vie de ses habitants. Appelé à la rescousse par les autorités locales, le chercheur Jean-Luc Mercier, de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte à l'université de Tours, nous aide à faire le portrait de cette fourmi qu'il connaît bien.

Dans le sud de la France, la Tapinoma Magnum prospère sur les côtes méditerranéennes depuis longtemps, sans impact notable sur la vie des habitants. "Autour de Marseille, par exemple", explique le scientifique, "on la retrouve dans des zones qui présentent un peu d'humidité, donc pas partout : quand il fait trop sec, cela limite son développement, elle n'a pas les moyens de créer des super-colonies". À l'inverse, à Saumur, "elle a trouvé l'endroit idéal". C'est le cas aussi en Aquitaine, où elle est suivie depuis 2008 dans la région de Bordeaux, et dans la vallée de la Loire. 

Plusieurs reines

"C'est une fourmi qui est polygyne, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs reines dans la même colonie", ce qui génère une "société très populeuse". Plus de couvains, donc plus d'ouvrières, mais aussi une adaptation facilitée  : "Ces fourmis sont plus tolérantes que lorsqu'elles n'identifient pas du tout une ouvrière issue d'une reine génétiquement différente". L'agressivité entre les sociétés de fourmis étant alors moins forte, cela "facilite un développement sur des zones beaucoup plus vastes".

Le milieu humain lui convient très bien

L'humidité de la vallée de la Loire a joué son rôle facilitateur pour l'espèce, et le réchauffement climatique peut avoir eu le sien. Mais une autre caractéristique de Tapinoma Magnum a aussi favorisé son implantation dans les jardins de Saumur : "Elle est omnivore, et s'adapte très bien aux milieux anthropisés, c'est-à-dire modifiés par l'homme, y compris en milieu urbain : chaleur, humidité, nourriture, tout ce qu'il lui faut pour se développer". Et comme ces milieux sont plus pauvres en biodiversité, elle souffre moins de ses prédateurs naturels, "et surtout subit moins la concurrence des autres espèces". "C'est en quelque sorte une niche écologique qui est libre pour elle", conclut le chercheur. 

TF1

Quand vous avez un jardin, que c'est votre seule propriété, et que vous ne pouvez rien faire, c'est désespérant

Jean-Luc Mercier, chercheur

La voilà donc installée au plus près de l'homme... à qui elle complique l'existence. "Mes petits-enfants ne peuvent pas jouer là", témoigne Jean-Yves dans son jardin de Saumur, "ils ne peuvent pas faire de balançoire, ils en ont plein les jambes". En elle-même, la fourmi Tapinoma Magnum n'est pas un danger pour l'homme : "Elle ne pique pas", précise le spécialiste Jean-Luc Mercier, "certes elle mord un peu, mais cela ne crée qu'une petite douleur très locale". Sauf que, reconnaît-il, "comme elles sont très nombreuses, ça fait beaucoup de petites morsures. Et je comprends très bien les riverains qui sont envahis : quand vous avez un jardin, que c'est votre seule propriété, et que vous ne pouvez rien faire, c'est désespérant". Autre caractéristique désagréable : cette fourmi dégage une infecte odeur de beurre rance quand on l'écrase.

Des fourmis difficiles à déloger

S'en débarrasser demeure particulièrement difficile, et certains habitants subissent leur présence grouillante depuis déjà cinq ans, sans solution efficace. Les produits utilisés par les professionnels n'ont qu'un effet local, et donc temporaire : rapidement, les fourmis reviennent. Des pistes se dessinent pourtant, "du côté de la prévention", espère le chercheur, "par exemple avec une hormone juvénile qui permettrait de ralentir ou d'inhiber le développement des ovaires des reines- sur laquelle des tests sont effectués actuellement en Suisse"

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À Saumur, on a distribué aux habitants de la "terre de diatomée", naturelle, tellement fine qu'elle va boucher l'appareil respiratoire des fourmis, pour commencer le traitement. "Mais ce qu'il faut développer", selon le scientifique venu évaluer la situation sur place, "ce sont les moyens pour empêcher la progression de l'espèce : réguler les exports, quels qu'ils soient, comme le transport des déchets verts, qui permet le déplacement des colonies de fourmis". Il faut également isoler scrupuleusement les canalisations, pour éviter la remontée des fourmis à l'intérieur des habitations. 

Mais le chercheur insiste surtout sur "la surveillance" des fourmis Tapinoma Magnum : "En établissant un réseau d'information, on pourra cartographier leur progression", espère-t-il. À Saumur, les zones infestées sont déjà signalées, invitant les habitants à les éviter, pour ne pas ramener chez eux cet encombrant invité.


Frédéric Senneville

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