Une société possédant des serres de tomates dans la Manche a déposé un permis de construire pour étendre son exploitation.
Un projet auquel tous les élus et habitants n'adhèrent pas.
La décision sera rendue à la fin de l'été.

L'équivalent de 17 terrains de football. Dans la Manche, des serres de tomates gigantesques, couvrant déjà 12 hectares, pourraient bientôt s'étendre encore davantage. Une idée qui effraie Odile. "Le projet, c'est de faire 20 hectares de serres géantes, comme on en a déjà. (...) Ils vont détruire les maisons des voisins, donc on va détruire un hameau", déplore-t-elle. Avec elle, une vingtaine d'habitants en colère se sont rassemblés au sein du collectif "Stop tomates industrielles".

Parmi eux, il y a Christophe Poulain, un éleveur qui avait pour projet d'acheter des terres. Mais avec la construction de nouvelles serres juste à côté de son exploitation, il remet tout en question. "J'aurais dû payer 12.000 euros l'hectare, mais les serres de tomates, elles, peuvent donner 25.000 euros l'hectare, ce qui veut dire qu'un éleveur normal ne peut pas faire face, et ce n'est pas rentable d'acheter du foncier à ce prix-là", détaille l'agriculteur. 

Des tomates "presque toute l'année"

Le groupe s'est installé à Isigny-le-Buat (Manche) il y a quatre ans. Dans ces serres, il cultive pour le marché français des tomates qui ne verront jamais la terre et qui sont alimentées en permanence par un engrais riche en azote et potassium. "On contrôle l'atmosphère, on contrôle l'humidité et on va capter, grâce au soleil, de la chaleur sous cette serre qui va permettre de cultiver presque toute l'année", explique Nicole Ouvrard, ingénieure agronome, directrice déléguée de l'agence d'information politique et économique de l'agriculture (Agra). 

Le permis de construire du projet d'agrandissement est entre les mains de la mairie. Même les élus semblent dubitatifs quant à l'extension de cette entreprise très peu intégrée au tissu local, malgré la création de nouveaux emplois. "En 4 ans d'existence cette entreprise ne nous a rien apportés puisque fiscalement, c'est quasiment zéro pour la commune et socialement, il n'y a aucun enfant dans les écoles des salariés qui travaillent dans les serres", selon Frédéric Laheurte, maire sans étiquette de la commune.

Malgré nos sollicitations, la société de serres à tomates a refusé nos demandes d'interview. La décision concernant son permis de construire sera rendue d'ici la fin de l'été. 


Emilie ROUSSEY | Reportage : Mathis Lescanne, Lucas Barbier

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