L'araignée est un animal peu connu, voire redouté, alors même qu'elle peuple nos quotidiens.
Certaines espèces ont même la capacité de tisser un fil de soie loué pour sa résistance.
Si bien que certains chercheurs tentent de le reproduire.

De nombreux Français disent avoir une peur irrationnelle des araignées. Car si elles peuplent nos quotidiens, ces petites bêtes restent encore méconnues et des croyances les concernant ont encore la vie dure. Non, nous n'avalons pas d'araignées en dormant. Non, elles ne pondent pas sous la peau. En revanche, elles ont un rôle essentiel depuis 300 millions d'années. 

"Dans les maisons, il faut les laisser, il ne faut pas les tuer puisqu'elles ont un rôle d'insecticide. Elles se nourrissent de petits cafards, de mites, de mouches, de moustiques… En ce sens, elle assainit nos habitations", souligne auprès de TF1 Christine Rollard, arachnologue depuis 36 ans.

De la soie d'araignée très résistante

Huit pattes, deux crochés aiguisés et jusqu'à quatre paires d'yeux, l'araignée peut voir jusqu'à 360 degrés, même en pleine nuit. Elle peut arborer toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, mais c'est surtout une incroyable usine à soie. Certaines espèces peuvent effectivement secréter jusqu'à six fils différents. Des spécimens parviennent même à bâtir des toiles qualifiées de véritables chefs-d'œuvre architecturaux, et qui peuvent prendre toutes les formes : géométrique, mais aussi en nappe, en réseau, ou même en tube.

Or, ces constructions sont d'une solidité exceptionnelle. "Il faut vraiment tirer avec une force énorme pour arriver à un point de rupture de ces fils. Dans la nature, il n'y a rien, dans l'état actuel de nos connaissances qui peut rivaliser avec ces fils de soie d'araignée par rapport à la ténacité et à l'élasticité de ces fils", souligne Christine Rollard. Ainsi, si le fil d'araignée ne faisait ne serait-ce qu'un millimètre d'épaisseur, il pourrait supporter un poids de 100 kg.

De telles qualités attirent les convoitises. Deux créateurs à Madagascar sont parvenus à confectionner une cape unique au monde, entièrement tissée de soie de fil d'araignée. Soixante-dix personnes ont été mobilisées pendant cinq ans pour "traire" une par une un million d'araignées. En effet, ces petites bêtes étant cannibales, il est impossible de les élever ensemble et donc, de produire un fil de manière industrielle.

Reproduire du fil d'araignée

Pour le moment du moins. En effet, Thomas Scheibel, chimiste allemand, est parvenu à recréer de la soie d'araignée sans araignée. Au bout de quarante ans de recherche, l'entreprise qu'il a fondée, nommée Amsilk, reproduit artificiellement la manière dont les araignées tissent leur fil. Un procédé qui n'aura nécessité qu'une seule bestiole. "Aucune araignée n'a été blessée pour cela. On a simplement pris la partie de son ADN qui permet de produire son fil. Nous avons intégré ce gène dans une bactérie puis on apprend à la bactérie à produire la protéine de soie", explique le chercheur.

L'élevage microscopique permet ensuite d'obtenir une poudre blanche qui sera finalement transformée en fil. Cette année, l'entreprise doit en produire une tonne grâce à cette technologie. Une fois tissé ou tricoté, il permet de confectionner du tissu, des bracelets de montre ou encore des chaussures. Pour le moment, le fil est vendu à des marques de luxe. Mais l'entreprise entend rivaliser avec l'industrie du textile grâce à cette fibre inégalable sur le plan environnemental. "Notre fibre est complètement biodégradable et recyclable. Donc, juste pour comparer au coton par exemple, on utilise 100 fois moins d'eau pour la même production", indique Benoît Cugnet, directeur de la division fibre textile au sein de l'entreprise.

Demain, ces protéines de soie pourraient aussi être utilisées dans nos cosmétiques, enrober nos implants médicaux, remplacer la fibre de carbone dans les carlingues des avions. Les possibilités sont infinies alors que 800 nouvelles espèces d'araignées sont découvertes chaque année.


A. Lo. | Reportage TF1 Tiphaine Leproux, Alix Ponsar

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