Dans une étude publiée le 16 février, des chercheurs ont étudié la sécheresse exceptionnelle qui a touché l’Europe continentale en 2022.
Des analyses historiques leur ont permis de confirmer que l’activité humaine était responsable de cet épisode.
Or, une telle situation pourrait se reproduire dès cette année.

Se dirige-t-on vers une sécheresse bien pire qu’en 2022 ? La question se pose alors que la France connait une longue période sans pluie, au moment même où les nappes phréatiques devraient se recharger, laissant déjà présager de nouvelles restrictions d’eau pour les mois à venir, notamment dans l’agriculture.

Un déficit de pluviométrie en plein hiver

Car si les prévisions climatiques ne sont pas encore certaines pour les prochains mois, des chutes de pluies seraient nécessaires pour arranger une situation climatique déjà compliquée. "Les prochaines semaines seront critiques parce que si on a un peu de pluie aujourd'hui, ça va arranger plus de choses que si on a autant de pluie dans trois semaines", explique auprès de TF1info, le chercheur du CNRS, Davide Faranda, rappelant que les sols de plus en plus secs pourraient ensuite ne plus être capables d’absorber d’éventuelles averses. 

Pourtant, la recharge des nappes est nécessaire, d’autant plus après une année 2022 déjà marquée par une sécheresse exceptionnelle, même en Europe continentale, soit en dehors de zones habituées à des épisodes de faibles précipitations. "En septembre-octobre, on avait l’impression que la situation allait s’arranger, cela a été le cas pendant quelques mois et maintenant, on prévoit, même sur la France, des zones de haute pression. Si on prend la carte d’aujourd’hui, elle ressemble beaucoup aux cartes qu’on a analysées l’année dernière", détaille le climatologue.

Un lien établi entre sécheresse et activité humaine

Car ces zones de haute pression dans l'atmosphère conditionnent les épisodes de sécheresse. Or, le chercheur au CNRS, aux côtés de deux de ses collègues, Burak Bulut et Salvatore Pascale, de l’IPSL et de l'Université de Bologne, a analysé les archives météorologiques des sécheresses antérieures au réchauffement climatique d’origine humaine (1836-1915) avec les plus récentes (1942-2021). 

En les comparant, les scientifiques ont montré que des anomalies anticycloniques plus étendues et plus intenses causent des températures plus élevées à la surface en intensifiant le dessèchement des sols par l'évapotranspiration. Mais ces anomalies anticycloniques sont accentuées par l’activité humaine, comme ils le démontrent dans une étude, publiée le 16 février dans Environmental Research Letters.

"À cause des émissions de gaz à effet de serre dans la période récente, les zones de haute pression sont plus étendues, mais aussi plus intenses", affirme ainsi Davide Faranda. Les épisodes de sécheresse risquent donc de se répéter dans les prochaines années, alors que les émissions de gaz provoquées par l’homme ne diminuent pas. L’été 2022, présenté comme exceptionnel, pourrait ainsi ne plus l’être d'ici à quelques années. 

"Cela ne sera pas quelque chose de systématique, des événements pareils ne se reproduiront pas tous les ans, car la variabilité du climat nous sauve. Mais quand ils vont se reproduire, les phénomènes seront très intenses", prévient d’ores et déjà le climatologue. Et faute d’action, le système agricole comme l’accès à l’eau potable, sur une large partie de l’Europe, risquent d’être impactés. "Tous les cycles hydrologiques de l’Europe vont être mis en danger. Les impacts principaux seront sur l’agriculture, mais de l’agriculture, de nombreuses activités humaines découlent", résume Davide Faranda.


Aurélie LOEK

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