Microplastiques : vous en ingérez l'équivalent d'une carte bancaire chaque semaine

par La rédaction de TF1info | Reportage M. Brossard, E. Fourny, C. Cazilhac
Publié le 16 janvier 2023 à 11h44

Source : JT 20h WE

En matière de pollution des océans, le microplastique est particulièrement dévastateur.
Mais il n'a pas un impact que sur la santé des océans et de leur faune.
Il est aussi présent dans les sols, et donc dans nos assiettes.

Chaque jour, vous avalez des morceaux microscopiques de plastique. Selon une étude parue il y a peu, nous consommons même l'équivalent d'une carte bancaire, jusqu'à 5 grammes de plastique, chaque semaine. Comment est-ce possible ? Et quels sont les risques ?

Évaluer la sécurité sanitaire de ce que nous mangeons, c'est le travail du docteur Guillaume Duflos, directeur de recherche à l'unité physico-chimie des produits de la pêche et de l'aquaculture à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Ce jour-là, son objectif est de savoir si des moules ramassées sur la plage contiennent du plastique. Pour ne pas fausser les résultats, nos journalistes passent par un sas spécial afin "d'éviter les contaminations par les particules de plastique qui sont dans l'air", précise le spécialiste dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.

Les sols contiendraient encore plus de plastique que les océans

Le biochimiste transforme ensuite les moules en une sorte de jus et va en extraire des morceaux invisibles à l'œil nu. "Je mets un filtre en fibre de verre, qui va permettre de récupérer les particules de plastique de toute petite taille, de l'ordre de quelques micromètres, ce qui correspond à 80 fois plus petit que la taille d'un cheveu", indique-t-il. Résultat au microscope : "on a ici typiquement la présence d'un microplastique", montre-t-il. Et le chercheur n'est pas vraiment étonné. "On a pu mettre en évidence que 60% de moules pouvaient être contaminées par au moins un microplastique", précise-t-il. Pourtant, les moules achetées dans le commerce sont nettoyées plusieurs fois à l'eau claire, ce qui permet de retirer plus de la moitié du microplastique qu'elles contiennent. 

Et si les crustacés sont particulièrement exposés à cette pollution, aujourd'hui les scientifiques affirment que les sols contiennent encore plus de plastique que les océans. L'une des explications est qu'une partie du plastique usagé fini enfoui. En France, cette part est de 20%. Avec le temps, ces déchets se dégradent en minuscules petits morceaux ensuite captés par les racines des plantes. C'est comme cela que nos aliments sont contaminés.

Résultat, les scientifiques ont détecté des microplastiques dans les fruits et légumes que nous consommons régulièrement : pommes, carottes, salades... Ils en ont aussi trouvé dans différentes parties de notre corps : dans les poumons, le sang ou encore le placenta de femmes enceintes.

Avec risques pour la santé ? Pour le savoir, le docteur Mathilde Body-Malapel est obligée de travailler avec des souris. Elle leur administre une dose de microplastique "de façon à reproduire les quantités d'exposition humaine aux microplastiques". Dans deux cages de souris distinctes, la chercheuse place respectivement de la nourriture saine et de la nourriture contaminée. 

Après six semaines, les conséquences sont déjà visibles sur les organismes des petits rongeurs : "On s'aperçoit qu'on a des foyers inflammatoires", présente la chercheuse en immunotoxicologie, qui constate une hyperprolifération cellulaire, l'un des premiers signes de cancers. Et de décrire des "résultats assez préoccupants".


La rédaction de TF1info | Reportage M. Brossard, E. Fourny, C. Cazilhac

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