Le 13H

Abandon des néonicotinoïdes par la France : le désarroi des producteurs de betterave

par La rédaction de TF1info | Reportage Marion Fiat
Publié le 24 janvier 2023 à 15h53
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

La France se plie à une décision de la justice européenne, annonçant renoncer à autoriser par dérogation les néonicotinoïdes pour protéger les semences de betteraves sucrières.
Une "grande victoire" pour la biodiversité, mais un coup de massue pour les betteraviers.
Ces derniers témoignent dans le sujet de TF1.

Le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau a annoncé lundi renoncer à une mesure dérogatoire autorisant l'usage d'insecticides néonicotinoïdes pour protéger les semences de betteraves sucrières, après une décision de la justice européenne jugeant illégale les dérogations pour ces substances toxiques pour les abeilles. Plusieurs substances sont interdites dans l'UE depuis 2018, mais une dizaine de pays ont pris des dérogations pour préserver les rendements sucriers. La France s'apprêtait à autoriser leur utilisation de manière dérogatoire pour la campagne 2023, après avoir fait de même en 2021 et 2022. Il n'en sera rien.

La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a estimé jeudi dernier qu'aucune dérogation concernant les semences traitées aux néonicotinoïdes n'était justifiée, y compris dans les circonstances exceptionnelles invoquées pour protéger les betteraves sucrières. Du côté, des agriculteurs, c'est le désarroi : "Nos assolements sont déjà faits, donc que fera-t-on dans deux mois ?", interroge Bérangère Chombard, agricultrice interrogée dans le sujet en tête de cet article. "Il y a des agriculteurs qui vont arrêter dès demain. Il y en a qui vont arrêter dans un an parce qu'ils ont des engagements avec leurs coopératives et qu'ils n'auront pas le choix, devant semer à perte".

Un insecticide mis en cause dans le déclin des colonies d'abeilles

Rien n'anodin dans cette affaire. Car on consomme de la betterave, parfois même sans le savoir - c'est le sucre que l'on trouve dans les boissons, les confiseries, les biscuits... Et le néonicotinoïde de la protéger des maladies, l'insecticide permettant de lutter contre un puceron vecteur de la jaunisse de la betterave. Du coup, sans néonicotinoïde, la culture de la betterave pourrait avoir un rendement nettement inférieur. De quoi mettre en difficulté toute la filière : 24.000 agriculteurs, 21 usines, 45.000 emplois. Avec, à la clé, la crainte de devoir importer du sucre, produit sans le moindre contrôle.

Les néonicotinoïdes, qui s'attaquent au système nerveux des insectes, sont mis en cause dans le déclin massif des colonies d'abeilles. Comme le rappelle, dans le sujet, Géry Dablemont, apiculteur, qui possède une quarantaine de colonies. En dix ans, sa récolte a diminué de moitié. Pour lui, il est temps de sortir de tous ces produits qui nuisent à la biodiversité. "Tout ce qui est chimique est très préjudiciable pour les abeilles", assure-t-il dans le reportage. 

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 "J'ai convenu avec les représentants de la filière qu'on mettrait en place un dispositif qui permettrait de couvrir le risque de pertes qui serait liée à la jaunisse le temps qu'on trouve les alternatives dont on a besoin", a précisé Marc Fesneau. Le ministre veut également "faire activer au niveau européen les clauses de sauvegarde pour qu’il n'y ait pas de distorsion de concurrence", alors que la France est le premier producteur européen de sucre.


La rédaction de TF1info | Reportage Marion Fiat

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