Le 13H

"On nous a raconté des carabistouilles" : la colère d'un village de Haute-Vienne contre des éoliennes

Léa Tintillier | Reportage Carlo Parédès, Emmanuel Sarre
Publié le 17 mars 2022 à 16h50
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Les élus du Dorat, petite commune de 1500 habitants en Haute-Vienne, ont porté plainte au pénal pour "escroquerie" après l'installation d'éoliennes qu'ils accusent de défigurer le paysage.
Le JT de TF1 s'est rendu sur place.

Depuis un an et demi, six éoliennes culminent à 150 mètres de hauteur à quelques kilomètres de la petite commune du Dorat, en Haute-Vienne. Problème, lorsque le ciel est bleu, on les distingue juste à côté de la collégiale, joyau du XIIᵉ siècle parmi les premiers monuments classés en France. 

Pour la nouvelle équipe municipale, pourtant favorable à l’éolien, il y a eu tromperie, car le projet devait protéger le site historique. "La collégiale est préservée de toute co-visibilité avec la zone du parc éolien", est-il écrit sur le contrat. "Vous avez un site patrimonial remarquable, classé. On dit qu’on va prendre des précautions extraordinaires pour le protéger, pour faire en sorte que. Et puis le résultat au bout du compte, c’est une co-visibilité", affirme à TF1 Bruno Schira, maire (DVD) du Dorat (Haute-Vienne). 

Selon lui, les différentes études en amont et le permis de construire avaient minimisé l’impact visuel des éoliennes. L’absence de co-visibilité avec la collégiale, appuyé par un photomontage, a pu "inciter l’autorité administrative et la justice à accorder (...) le permis de construire", est-il indiqué dans la plainte. "Seule la construction effective du parc a permis de faire apparaître les infractions", poursuit le texte, évoquant "une atteinte irréparable à ce joyau".

Pas de démontage demandé dans l'immédiat

L’exploitant basé en Alsace parle au contraire d’un travail exemplaire mené dans la concertation depuis une quinzaine d’années. Mais pour les habitants, le résultat ne semble pas à la hauteur. "On veut prendre une photo, on ne voit que ça donc ce n’est pas agréable, surtout quand on a beaucoup de touristes au Dorat", témoigne une habitante. "On nous a carrément trompés, on nous a raconté des carabistouilles comme on dit. Ils se sont fichus de nous", ajoute une autre. 

Lire aussi

Le maire a décidé de porter plainte contre X pour escroquerie, complicité et recel, auprès du procureur de la République de Limoges. Alors que la plupart des procédures impliquant des mairies en France se déroulent devant les juridictions administratives, l’affaire est cette fois portée au pénal. "Ce qu’on veut, c’est que les dossiers soient bien préparés et que donc on ne fasse pas n’importe quoi au niveau de l’environnement, au niveau du paysage, au niveau de la sauvegarde patrimoniale de notre petite ville", explique Jean-Pierre Lucas, adjoint au maire (DVD) en charge de l’attractivité du territoire. 

"À la fin de l’exploitation, dans 25-30 ans, nous demanderons que les éoliennes soient enlevées", a indiqué le maire auprès de l'AFP, assurant "ne pas demander d’indemnisation", ni même à ce qu’elles soient démontées immédiatement. 

Selon la Fédération de l’environnement durable, qui regroupe 1.700 associations opposées à l'éolien en France, le cas du Dorat n'est pas isolé, mais les maires  se lançant dans de telles procédures sont rares.


Léa Tintillier | Reportage Carlo Parédès, Emmanuel Sarre

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info