Le comité national des pêches appelle pour la première fois à des journées mortes dans les ports français jeudi et vendredi, pour exiger du gouvernement des réponses à une série "d'attaques" fragilisant le secteur.
Dans le viseur notamment, un projet européen qui veut interdire la pêche au chalut dans des aires protégées dès 2030.
Pour les pêcheurs, c'est toute une partie de leur flotte qui risque de disparaître.

Leur avenir est en danger, assurent-ils. Des marins-pêcheurs ont bloqué lundi le port de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour protester contre une mesure européenne qui interdira la pêche au chalut dans certaines zones dès 2030. "C'est la mort des pêcheurs. Qu'ils soient Boulonnais, Français ou Européens, c'est leur mort assurée", tonne Olivier Leprêtre, président du comité régional des pêches des Hauts-de-France, dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. Ce mardi matin, le blocage du port est encore monté d'un cran avec la fermeture de sa criée. Et au niveau national, le comité des pêches a pour la première fois appelé à des journées mortes dans les ports français, ces jeudi et vendredi, pour exiger du gouvernement des réponses à une série "d'attaques" fragilisant le secteur. Parmi elles, outre le prix du gazole ou la fermeture de certaines zones en pêche en Atlantique afin de préserver les dauphins, ce projet européen de restriction de la pêche de fond.

Selon le "plan d'action" présenté il y a un mois par la Commission européenne, la pêche de fond (chaluts, dragues...) devra être interdite d'ici 2030 dans des aires marines protégées (AMP) pour préserver ces fonds marins et "verdir" la filière. Bruxelles interdit déjà depuis 2016 le chalutage en dessous de 800 mètres, pour aider à restaurer ces écosystèmes vulnérables, mais l'usage d'engins de fond mobiles (chaluts, dragues, filets maillants, palangres, casiers...) "reste très répandu" encore dans de nombreuses zones protégées, selon l'exécutif européen. 

"Des zones qu'on ne pourra plus exploiter du tout"

La seule interdiction des chaluts de fond reviendrait à "faire disparaître un tiers de la flotte", car les AMP représentent actuellement 12% des eaux européennes, s'est inquiété de son côté le comité national des pêches, dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron la semaine passée. À l'échelle de la France, ces zones s'étendent sur la quasi-totalité du littoral et représentent 20% des eaux, comme le montre la carte ci-dessous. Dans le détroit du Pas-de-Calais, ce taux grimpe à 80%. 

Capture TF1

Au port de Boulogne, avec ses 85 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2022, le secteur de la pêche représente 5000 emplois directs et indirects, et plus de 80% de sa production est assurée par des dragues, chaluts, sennes et autres engins de fonds, selon le comité régional des pêches. Pour Vincent Leprêtre, pêcheur depuis trois générations, cette mesure restrictive est peut-être celle de trop. "L'encornet, la seiche, le maquereau, le merlan… Ce sont toutes ces espèces que l'on pêche à longueur d'années, sur des zones qu'on ne pourra plus exploiter du tout", déplore-t-il.

Par cette mesure drastique, l'Union Européenne cherche à limiter les effets de cette pêche très gourmande en carburant et forte émettrice de CO2, mais surtout à permettre aux fonds marins de se régénérer. Le raclage détruit des écosystèmes constituant eux-mêmes des puits de carbone, fragilise les populations de poissons qui s'y abritent et s'y reproduisent, et encourage des prises accidentelles "disproportionnées", faute de pouvoir sélectionner les espèces pêchées. 

Les pêcheurs, eux, répondent avoir déjà consenti à beaucoup de compromis. "L'effort de pêche a été réduit considérablement, beaucoup de décisions sont prises pour favoriser le renouvellement de la ressource. On a une politique des quotas, espèce par espèce", appuie Alain Caillier, directeur délégué du port de Boulogne-sur-Mer. 

La grogne gagne tout le pays : après Boulogne-sur-Mer et Lorient, de nombreux autres ports de la façade Atlantique devraient être bloqués d'ici la fin de la semaine, dont Oléron, La Rochelle, Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Royan. La semaine dernière, des pêcheurs en colère avaient déjà manifesté à Lorient vendredi et à Rennes mercredi, pour protester entre autres contre les réglementations européennes, une mobilisation émaillée d'incidents. Le président Emmanuel Macron avait assuré la filière de son soutien sur ce dossier fin février, à l'heure où celle-ci est déjà fragilisée par la crise du Brexit.


M.L | Reportage TF1 Marion Fiat, Gauthier Delobette

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