VIDÉO - Pourquoi religieuses et militants écologistes en viennent aux mains dans cette vallée ardéchoise

Publié le 17 octobre 2023 à 13h29, mis à jour le 17 octobre 2023 à 13h43

Source : TF1 Info

Sur le site d'un futur centre religieux à Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, militants écologistes et croyants se sont battus lundi.
D'autres heurts se sont produits mardi et un habitant du village a été blessé. La préfète du département a convoqué toutes les parties jeudi.
Au cœur des débats, la présence d'une plante protégée et des terrains agricoles, menacés par le projet "Notre-Dame-Des-Neiges".

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux : on y voit une religieuse plaquer au sol un militant sur un chantier, à Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche. Puis d'autres former une chaîne humaine autour d'une tractopelle. Au-delà de l'aspect étonnant de ces scènes cocasses, le sujet est bien sérieux. 

Depuis 2018, cette zone fait l'objet de tensions autour d'un projet de construction d'un vaste centre religieux dans la vallée de la Bourges. Les heurts se sont poursuivis mardi matin et un habitant du village, septuagénaire, a été blessé. Transféré à l'hôpital, il est sorti quelques heures plus tard avec deux jours d'ITT. 

Le projet est mené par la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), une congrégation catholique née dans la région après la Seconde guerre mondiale, qui organise chaque année en décembre une procession vers la statue de la Vierge qui domine les lieux.

Financé par des dons, il consiste à construire une chapelle dotée de deux flèches de 50 mètres de haut et un bâtiment d'accueil de 40 chambres pour les pèlerins. La congrégation souhaitait initialement accueillir 3 500 personnes mais les autorités religieuses locales y ont mis un veto. 

Reste que depuis cinq ans, les travaux ont progressé : une aire de contournement d'autocar ainsi qu'une passerelle enjambant la rivière Bourges ont été construites.

Sur ce dossier, rien ne va.
Pierrot Pantel, ingénieur écologue

Les associations, regroupées au sein du collectif "Les Amis de la Bourges", dénoncent un chantier illégal. Des recours et l'installation temporaire d'une ZAD avait d'ailleurs conduit les autorités à suspendre les travaux en 2020, mais ceux-ci ont repris en 2022.

Au cœur des débats : la présence sur la zone d'une plante protégée, le Réséda de Jacquin menacé par les travaux. "Sur ce dossier, rien ne va. Le travail naturaliste a été bâclé, la préfecture n'a pas fait d'étude d'impact avant le début du chantier et a demandé une étude après-coup quand les travaux avaient déjà commencé", dénonce Pierrot Pantel, ingénieur écologue et chargé de mission juridique à l'Association nationale pour la biodiversité (ANB). Lui-même a failli être renversé par une tractopelle jeudi dernier sur le chantier.

Pour détruire une espèce protégée, tout projet doit en effet justifier d'un intérêt public majeur et ses porteurs mettre en place des mesures pour compenser. Mais dans ce dossier, la présence du Réséda de Jacquin, pourtant constatée à différentes occasions par diverses structures, dont le Conservatoire botanique national, a été omise.

Par ailleurs, l'arrêté de protection d'une espèce implique aussi la préservation de son habitat. "Détruire le milieu d'une espèce végétale protégée est une infraction", rappelle ainsi Pierrot Pantel. Une plainte en ce sens a été déposée mercredi dernier. Les associations attendent de la police environnementale qu'elle fasse saisir les engins de chantier. "Ce projet, c'est notre petite A69 dans les Cévennes. Il va à l'inverse de ce qu'il faudrait faire", ajoute l'ingénieur en référence à cette portion de route entre Toulouse et Castres qui fait polémique

L'enjeu est aussi agricole. "Ils ont déjà retiré 200 mètres carrés de terre. Or, ce sont des terres riches d'une très grande profondeur. Dans nos vallées cévénoles, ces terres valent de l'or", assure aussi Pierrot Pantel. 

Dans ce contexte tendu, la préfète de l'Ardèche a convoqué toutes les parties, dont la congrégation religieuse, jeudi matin pour une réunion. L'Association nationale pour la biodiversité a conditionné sa présence à celle des représentants du Parc naturel des monts d'Ardèche, du conservatoire botanique et de la DREAL, la direction régionale de l'environnement.

Au-delà des aspects environnementaux, la Famille missionnaire de Notre-Dame est dans le viseur de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui s'inquiétait dans son rapport 2018-2020 de certaines dérives.


Marianne ENAULT

Tout
TF1 Info