Le risque de sécheresse estivale en France est bien réel, alors que plusieurs départements du sud sont déjà placés en niveau "crise".
Une situation liée au manque d'eau et qui devrait s'amplifier dans les années à venir face au changement climatique dû à l'activité humaine.
Pour tenter de faire face, plusieurs solutions sont envisagées pour mieux gérer cette précieuse ressource.

Alors que la France est touchée depuis deux ans par une importante sécheresse, notamment dans le sud de l'Hexagone, la ressource en eau est appelée à se raréfier dans les décennies à venir. Selon les experts du climat, dans les prochaines années, le pays connaîtra "entre -10 et -40% de disponibilité en eau". De quoi voir le scénario de 2022 et de ce début d'année 2023 se répéter plus fréquemment à l'avenir et la ressource en eau se raréfier. Pour tenter de faire face, des départements ont décidé de lancer plusieurs initiatives originales.

Recharger les nappes phréatiques

Dans le département de la Haute-Garonne, le conseil départemental a lancé un projet de recharge artificielle des nappes phréatiques. Une expérimentation qui doit durer quatre ans et permettre de stocker l'eau l'hiver et de l'utiliser l'été. Le dispositif est déjà largement utilisé en Californie, en Israël ou en Australie, mais reste rare en Europe, pointe Le Monde. L'opération, baptisée "R'Garonne" est l'une des plus importantes menées actuellement sur le Vieux continent. Son principe est simple : récupérer l'eau de la Garonne lorsque son débit est au plus haut en hiver, la dévier via un canal existant - celui de Saint-Martory - avant de la diriger vers des nappes phréatiques dans des canaux réhabilités pour l'occasion. 

Cette eau doit ensuite poursuivre son chemin sous terre pour revenir dans la Garonne, si possible lorsque le niveau du fleuve est au plus bas. Un projet simple en apparence, mais qui reste compliqué à maîtriser puisqu'il est difficile de savoir "où l'eau injectée va ressortir" et quand, pointe Yann Oudard directeur général adjoint des services techniques de Réseau31, service public de l’eau de Haute-Garonne dans Midi Libre. Si l'expérimentation est concluante, elle pourrait devenir permanente et représenter une solution dans le département, alors qu'à l'été 2022, 40% des rivières du bassin Adour-Garonne étaient à sec. 

Remplir des caves à vin...

Autre initiative, dans les Pyrénées-Orientales cette fois : remplir des cuves à vin inutilisées. Le département, déjà placé en alerte "crise", doit faire face à une sécheresse exceptionnelle, jamais observée depuis 1959, selon des données de Météo-France. Une situation qui accroît les risques d'incendies, le premier d'ampleur s'étant déclaré le 15 avril dernier sur la commune de Cerbère. Pour permettre aux pompiers d'accéder à la ressource en eau, 17 cuves à vin désaffectées vont être remplies à l'aide d'eaux qui étaient jusqu'à présent délaissées, comme celles qui stagnent hors saison dans des piscines des campings.  

Une fois l'eau récupérée dans un camion, elle va être transportée à quelques kilomètres, jusqu'à la cave coopérative de Rivesaltes, où elle sera gardée dans une cuve inutilisée pour servir ensuite de "réserve stratégique pendant la saison des feux de forêt et éviter d'utiliser l'eau potable des poteaux incendie qui sert à la population", explique à l'AFP le capitaine Olivier Cyprien, chargé notamment de la défense de la forêt au Service départemental incendie secours (SDIS). Prêtée par les vignerons, la cuve en résine pourrait contenir jusqu'à 380.000 litres, bien au-delà des objectifs actuels du SDIS. Les agriculteurs pourront aussi s'en servir, y compris pendant la saison des feux de forêt, à condition d'y avoir été expressément autorisés par les services de l'État. 

... ou de grands réservoirs naturels

Du côté des Alpes-Maritimes, particulièrement exposé aussi au stress hydrique, plusieurs idées sont à l'étude et notamment l'utilisation de grands réservoirs naturels. D'immenses cavités souterraines dans lesquelles les autorités pourraient verser "par des canalisations de l'eau venue de diverses sources ou de cours d'eau", explique à France Bleu Cyril Marro, directeur général des services du SMIAGE (Syndicat Mixte pour les Inondations, l'Aménagement et la Gestion de l'Eau). Une ressource qui pourra ensuite être réutilisée en cas de sécheresse et de pénurie d'eau.

Au-delà de ces solutions, d'autres méthodes plus connues sont également développées, la France misant notamment sur la réutilisation des eaux usées. En mai dernier, des experts de l'ONU s'étaient aussi penchés sur les ressources en eau "non conventionnelles" pour venir soulager la pression sur celles dites "conventionnelles" comme l'eau de pluie, celle issue de la fonte des neiges, des rivières ou encore des nappes phréatiques. Parmi les idées avancées : la possibilité de "récolter" de la vapeur d'eau, "d'exploiter" les icebergs de l'Antarctique ou encore récupérer des gouttelettes de brouillard dans des filets.

Des solutions d'urgence face à la crise climatique, alors que, selon les experts du Giec, "les années les plus chaudes que nous avons vécues jusqu'à présent seront parmi les plus fraîches d'ici à une génération", entraînant plus de canicules, plus de sécheresse, un assèchement des sols et une évapotranspiration plus importante de l'eau. 


Annick BERGER

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