Les orages des derniers mois n'auront pas suffi à remplir la plupart des nappes phréatiques en France.
Après la sécheresse historique de l'été 2022, les alertes se multiplient en ce début d'été.
Sept à Huit se penche sur les problèmes que posent déjà cette nouvelle donne climatique pour beaucoup de Français.

Les violents orages des derniers jours n’y changent rien. Au 1er juillet, deux tiers des nappes phréatiques présentaient un niveau en dessous des normales de saison tandis qu'en vingt ans, la quantité d’eau douce disponible a baissé de 14% en France. Dans ce contexte, la saison estivale qui vient de s'amorcer s'annonce comme celle de tous les dangers et les alertes se multiplient.

Pour cause : pendant l'été, l'afflux de touristes pèse sur les ressources en eau, la consommation des Français étant en moyenne 60% supérieure durant leurs vacances estivales. Si certains usages, essentiels, sont difficilement contrôlables, les initiatives se multiplient pour partager ce qui est devenu une denrée rare et s’adapter à cette nouvelle donne climatique qui devenir la norme.

8 minutes pour une douche, "on est large"

Le camping Le Kerver dans le Morbihan a notamment instauré un système de douches chronométrées grâce à l'installation de minuteurs et la distribution de bracelets électroniques : 8 minutes, pas une de plus et ce deux fois par jour maximum. "On est large, on dit que pour préserver les ressources quatre minutes c'est bien, en vacances, on est un peu plus généreux, mais souvent les gens nous rendent les bracelets avec encore du crédit dessus", explique dans le reportage en tête de cet article Manuel, le responsable du camping. Grâce à ces douches intelligentes, ce dernier espère économiser sur sa facture 11.000 euros par an qu'il répercute déjà sur le prix de la nuitée.

À titre de repère, rien qu'en tirant la chasse, tout un chacun utilise 9 litres d'eau, soit l'équivalent d'un pack d'eau en bouteille. Or, ce geste est renouvelé quatre à cinq fois dans la journée. Une douche équivaut, elle, à 70 litres d'eau, un bain à 200 litres tandis que faire tourner le lave-vaisselle représente 12 litres. 

"C'est possible que j'annule en août"

À Port-Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, les vacanciers séjournant à l'Ile-des-Pécheurs sont, eux aussi, impactés par les conséquences de la sécheresse. "Nous sommes ici en août encore deux semaines, mais c'est possible que j'annule", prévient l'un d'eux, qui ne digère pas la fermeture de la piscine. Vidée cet hiver pour travaux, cette dernière est restée à sec depuis à cause des restrictions d'eau qui touchent le département et interdisent de remplir les bassins privés. 

Autrefois intégrés à une résidence de vacances, les bungalows d'Ile-des-Pécheurs et leur piscine appartiennent désormais à des particuliers qui louent aux touristes. Or, selon les arrêtés préfectoraux en vigueur cet été, une banale propriété ne bénéficie pas des mêmes dérogations que les campings et résidences touristiques.

"Boulanger dans le pétrin"

Mais, les restrictions en vigueur ne s'invitent pas uniquement dans le quotidien des vacanciers. A Corbère-les-Cabanes, comme dans trois autres communes du département, la nappe phréatique est à sec. Avant même le début de l'été, ce village de 1300 âmes est resté trois semaines sans eau potable. Conséquence : la municipalité s'est vue contrainte de distribuer un pack d'eau par personne et par semaine, une opération qui lui a couté 3.500 euros par semaine. 

Dans ce contexte, même le pain du boulanger est pétri à l'eau minérale, ce qui représente 35 litres par jour. "Financièrement et physiquement, c'est pas tenable" sur le long terme, estime-t-il, avant d'ironiser : "le boulanger dans le pétrin".

Pommes de terre arrosées aux eaux usées

Autre illustration de l'impact de la sécheresse à Rivesaltes, où la municipalité a décidé de rationner l'eau dans ses jardins familiaux. Sur la parcelle de Lydie, la moitié des plans de tomates sont en train de rendre l'âme. Dans ce contexte, chacun y va de son astuce pour que les plantations résistent. "L'ombre joue, ça permet de les faire souffler un peu, dès qu'il y a de l'herbe, ça garde toute l'humidité", détaille notamment Charlotte, sa petite fille, qui explique puiser de "bons conseils sur TikTok". 

D'autres, comme Stéphane, poussent encore plus loin le système D, en arrosant leurs pommes de terre grâce à leurs eaux usées.

Les agriculteurs catalans invoquent saint Gaudérique

Au pied du Mont Canigou, les arbres de Michel et Jocelyne sont, eux aussi, à l'agonie, alors qu'en six mois il est tombé à peine l'équivalent de huit jours d'arrosage. Même leurs oliviers, symboles du climat méditerranéen, dépérissaient. Pire qu'une mauvaise récolte, ces derniers redoutent que leurs arbres meurent et leurs exploitations avec.

Désespérés, agriculteurs et paroissiens ont ressorti la statue de Saint Gaudérique qui aurait vécu au neuvième siècle, dans les rues de Perpignan. Les images de la procession parlent d'elles-mêmes : le niveau de la rivière du Têt, qui alimente la plaine du Roussillon, le verger de la France, est tellement bas, que les processionnaires semblent marcher sur l’eau. 

Alors que 58 départements sont actuellement concernés par des restrictions plus ou moins strictes, les patrouilles de la police de l'eau se multiplient. Selon les instructions de la préfecture, les agents ne doivent toutefois pas être trop répressifs. En témoigne, l'exemple de ce simple rappel à la loi dont écopent deux habitants qui s'exposaient pour le nettoyage de leur piscine et de leur terrasse à 1500 euros d'amende.

Plus de souplesse possible en revanche pour un propriétaire qui compte parmi les 500 plus riches fortunes de France et qui a déjà bénéficié d'un rappel à la loi il y a deux ans. Pour des délits constatés par la police de l'eau, dont un forage illégal, l'arrosage des pelouses, d'un héliport, ou encore l'absence de compteur dans puits, ce dernier s'expose à 375.000 euros d'amende et un an de prison.


A. LG

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