Bitume "vert" : dans les Hauts-de-Seine, l'un des chantiers de rénovation de route les plus innovants de France

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Tiphaine Leproux, Florence Couturon, Hippolyte Riou du Cosquer
Publié le 13 mai 2024 à 18h34

Source : JT 13h Semaine

Est-il possible de rendre les routes plus vertes ?
De nouveaux bitumes, plus écologiques, sont en tout cas actuellement mis au point.
TF1 vous révèle les secrets de leur fabrication.

C’est, paraît-il, totalement révolutionnaire, mais cela ne saute pas aux yeux pour autant. À Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), où TF1 a filmé l’un des chantiers de rénovation de route les plus innovants de France, dans le cadre du reportage à voir dans la vidéo en tête de cet article, les passants interrogés ne se doutent de rien, à la vue du bitume déversé par les ouvriers de la société Eiffage Route. Malgré sa très habituelle couleur noire, il s’agit pourtant d’un revêtement "vert".

Première caractéristique : "une partie de sa composition vient du rabotage d’anciennes routes, et une autre vient de pistes d’aéroport, en l’occurrence de celui d’Orly, qui ont été démontées et qu’on a recyclées dans cet enrobé", détaille Julien Van Rompu, chef de projets recherche et innovation chez Eiffage Route. Des granulats et des cailloux réutilisés à hauteur de 70%. 

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Pour le reste du mélange, du gravier neuf et un ingrédient surprenant : une sorte de glu de couleur miel. On appelle ça un liant, car il colle les cailloux entre eux. "Traditionnellement, les liants qu’on utilise pour les enrobés sont d’origine pétrolière. Celui-ci est issu de la fabrication de pâte à papier, donc il vient des arbres", précise Julien Van Rompu. De la résine de pins des Landes. 

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Fabriquer cette route aura ainsi émis 30% de gaz à effet de serre en moins qu’un revêtement classique. Ce géant du secteur a travaillé dix ans pour développer cette formule plus écologique, actuellement déployée sur une dizaine de routes dans le pays. Les recherches se poursuivent dans un laboratoire de Corbas (Rhône) aux allures d’arrière-cuisine, que TF1 a aussi visité.

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Ici, ce sont des galettes de route expérimentales que l’on prépare. "C’est un mélange qu’on fait pour voir si ça durcit ou pas", montre Thomas Walfart, l’un des techniciens officiant sur place, en touillant son bitume dans un saladier. Contrôles de l’apparence, de la résistance, de la sécurité… Le bitume "vert" doit cocher toutes les mêmes cases que son futur ancêtre. 

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"Avec cette machine, on met cette route à rude épreuve pour voir comment elle réagit dans des conditions extrêmes, c’est-à-dire à une température de 60°C et avec un poids de sept tonnes pendant huit heures d’affilée", éclaire pour sa part Susie Guehenneux, ingénieure doctorante. Il faut une bonne centaine d’essais, donc de ratés, pour aboutir à un résultat ni trop mou, ni trop rigide.

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La principale contrainte, désormais, n’est plus le prix, enfin équivalent à celui du bitume noir, mais l’accessibilité des matières premières. Bois, colza, betteraves, algues… Le champ des possibles n’a pas fini d’être exploré. "La fin du pétrole dans la route, on n’y est pas encore, tempère cependant François Olard, directeur technique recherche et innovation chez Eiffage Route. Mais on fait le pari qu’en 2050, 10% des routes en France seront construites à partir de glu d’origine végétale." Ce qui représenterait juste quelques milliers de kilomètres de route. Loin, très loin des près de 40.000 kilomètres rénovés chaque année en France. Soit, pour vous donner un ordre d'idée, un circuit de la taille de la circonférence de la terre.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Tiphaine Leproux, Florence Couturon, Hippolyte Riou du Cosquer

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