Dans les Pyrénées, de plus en plus de promeneurs tombent nez à nez avec un ours.
L'an dernier, 83 spécimens de cette espèce ont été recensés, contre cinq seulement au début des années 90.
Partisans et opposants à la présence de l'animal se livrent un débat acharné dans la région.

Une femelle ourse et ses trois oursons en plein jeu dans les montagnes ariégeoises. En se baladant sur les sentiers des Pyrénées, les promeneurs peuvent parfois apercevoir ce spectacle étonnant. Il y a quelques jours, dans la vallée d'Ossau (Pyrénées-Atlantiques), un homme a capturé des images encore plus impressionnantes. Lors de sa balade matinale, il tombe nez à nez avec Sorita, une ourse lâchée dans la région il y a quelques années. Alors qu'elle s'approche vers lui, il lui parle en béarnais pour la repousser. L'animal déguerpit aussitôt.

Sept ours de plus recensés en 2023 qu'en 2022

Il arrive de plus en plus que les randonneurs fassent ce genre de rencontre. L'an dernier, le nombre d'ours dans les Pyrénées a atteint un record, avec 83 spécimens recensés, contre 76 en 2022. Toutes les deux semaines, Pierre-Luigi Lemaitre, coordinateur ours brun à l'Office français de la biodiversité (OFB), arpente les sentiers à la recherche du moindre indice de l'animal. Dans la forêt ariégeoise où le spécialiste emmène notre équipe de journalistes, un arbre a été badigeonné de goudron de hêtre pour inciter les ours à s'y frotter. "Ce sont des pièges à poil, détaille-t-il dans le reportage du 13H à retrouver en tête de cet article. Aujourd'hui, ils n'en ont pas laissé."

Rien non plus sur les images d'une caméra installée un petit peu plus loin. Mais ces dernières années, les appareils installés dans toutes les Pyrénées capturent régulièrement des images d'ours. "C'est une bonne chose que la population soit en augmentation, poursuit Pierre-Luigi Lemaitre. L'espèce a très peu de chances de s'éteindre ces trente prochaines années." Ce n'était pourtant pas gagné : dans les années 90, la souche pyrénéenne était au bord de l'extinction, avec seulement cinq ours. Alors, dès 1996, des ours en provenance de Slovénie ont été introduits pour repeupler la chaîne de montagnes. 

Les habitants divisés sur la présence de l'animal

Trente ans après ce plan pour sauvegarder l'ours des Pyrénées, la décision continue de diviser les habitants de la région. "Ça semble normal de rééquilibrer un peu les espèces", estime un passant, interrogé dans le bourg d'un petit village. "C'est une calamité pour l'économie locale, tranche pour sa part un autre homme. Tout comme pour préserver les traditions de la région, comme l'élevage." Ce dernier est mis en péril par les attaques d'ours sur les troupeaux. L'an dernier, Rémi Papaïx, éleveur ovin à Aulus-les-Bains (Ariège), a perdu 32 brebis. 

Selon lui, le carnivore serait responsable de la mort d'une quinzaine d'entre elles. "Ce sont des ours qui attaquent d'abord quelques brebis isolées, explique l'agriculteur. Puis, la masse du troupeau s'affole et part en courant." Pour limiter les risques, il a investi dans des filets pour empêcher de nouvelles attaques. Entre deux filets de protection, des patous, les traditionnels chiens de berger, sont aussi chargés de veiller sur les bêtes. Depuis quelques années, l'éleveur dépense 10.000 euros par an pour protéger son activité des ours.

Si la nouvelle population d'ours ne risque pas l'extinction dans les prochaines années, les scientifiques s'inquiètent désormais d'un risque de consanguinité. Un problème qui pourrait, à terme, affaiblir à nouveau l'espèce.


T.A. | Reportage TF1 Stacy PETIT, Jean-Marc LUCAS et Perrine MISLANGHE

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