Des barracudas en nombre dans les calanques : cette espèce invasive est-elle dangereuse ?

par F.Se
Publié le 20 février 2024 à 18h16

Source : JT 13h Semaine

Les signalements de barracudas se multiplient au large de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), en Méditerranée.
Ce poisson carnassier des mers du sud est un nouveau venu sur nos côtes.
Est-il dangereux pour l'homme et l'écosystème marin ? On fait le point.

"La danse des barracudas, c'est extraordinaire". C'est ce que raconte un plongeur enthousiaste, dans le reportage du 13H de TF1 ci-dessus. Il vient de nager au milieu d'une "tornade", un banc de centaines de barracudas, qui évoluent lentement en cercle, au large de la Ciotat. Dans la région, c'est "depuis 4 ou 5 ans" que les pêcheurs et les plongeurs observent le phénomène. Les barracudas se rencontrent de plus en plus souvent et en plus grand nombre.

Cette espèce de poissons carnassiers, venue des mers du sud, est encore méconnue sous nos latitudes, même si elle se développe en Méditerranée depuis déjà une cinquantaine d'années. Les plongeurs contemplent, les pêcheurs pêchent, mais les terriens s'inquiètent. Que se passe-t-il si on rencontre un poisson aussi grand et intimidant en nageant près des plages ?

TF1

Le barracuda, de son nom scientifique Sphyraena barracuda, est un poisson carnivore qui peut atteindre deux mètres de long. Il se nourrit de poissons et d'invertébrés marins, aidé pour cela par son effrayante dentition. C'est à celle-ci qu'il devrait d'ailleurs son nom, "barraco" signifiant "dents qui se chevauchent" en espagnol valencien (terme inusité désormais). Il est présent dans les mers tropicales et subtropicales, à l'exception du Pacifique oriental. C'est par le canal de Suez, ouvert en 1869, qu'il aurait peu à peu gagné la Méditerranée. Bien établi sur les côtes méridionales et orientales, plus chaudes, il progresse en direction de l'ouest depuis les années 1970, à la faveur du réchauffement climatique, et est devenu courant dans le golfe de Gênes. 

Les attaques de barracudas contre l'homme sont rarissimes. Dans le reportage en tête de cet article, un habitant de la Ciotat s'inquiète d'une ressemblance avec les requins, mais ce poisson n'a pas une mâchoire véritablement dangereuse pour nous – même si elle peut provoquer des blessures superficielles. Les rares incidents rapportés concernent des barracudas qui se sont sentis menacés, ou en concurrence avec des pêcheurs sous-marins pour des proies. 

En revanche, la consommation de ce redoutable prédateur de petits poissons et de mollusques pourrait, si elle devenait massive, bouleverser l'écosystème marin, et à terme diminuer les ressources halieutiques pour les pêcheurs. Pour l'instant, le barracuda est beaucoup moins redouté que d'autres espèces venues, elles aussi, par une "migration lessepsienne" (de la mer Rouge à la Méditerranée, via le canal de Suez, NDLR). La plus redoutée d'entre elles est sans doute le poisson-lapin. 

Derrière ce nom inoffensif, se cache un herbivore très nuisible, parce qu'il consomme massivement les algues et les herbiers, dont il prive les autres espèces. Lagocephalus sceleratus, de son nom scientifique, figure sur la liste noire des espèces envahissantes en Méditerranée. Établi en Méditerranée orientale, il représenterait désormais la majorité des poissons pêchés des eaux libanaises. S'il a été épisodiquement détecté près de Marseille, il ne s'est pas encore installé sur les côtes françaises. Mais le réchauffement de l'eau pourrait lui permettre de prendre le même chemin que le barracuda.  


F.Se

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