Un "plan eau" doit être annoncé mardi par le gouvernement pour ne pas revivre un été de sécheresse comme l'an dernier.
Avec un sol qui ne permet pas à l'eau de s'infiltrer en profondeur, le Limousin est fortement touché par ce phénomène.
Agriculteurs, collectivités publiques et même coiffeurs tentent d'économiser leur consommation d'eau.

À première vue, le Limousin a les couleurs de son surnom, le "Pays Vert". Et pourtant, le village de Saint-Laurent-les-Églises a été ravitaillé en eau potable pendant trois mois en 2022, comme on peut le voir dans le reportage ci-dessus. Le niveau de la source dont il dépend a été trop bas, et sans eau, pas de shampooing. "Ça arrivait que dans la journée, on n'ait plus d'eau d'un seul coup", rapporte Angélique Roulevaud, coiffeuse dans la commune. À trois mois de l’été, elle préfère anticiper. Elle a acheté pour 109 euros une douchette qui donne la même pression, mais avec deux fois moins d'eau. "Là, je suis à la moitié, mais j'ai largement assez de pression", montre-t-elle.

Sur les contreforts du Massif Central, le Limousin est le premier obstacle pour les nuages de l’Atlantique. Mais depuis plusieurs hivers, il ne pleut plus assez. "On a eu ici des cours d'eau qui se sont asséchés ces derniers étés", affirme Philippe Barry, président du Syndicat d'aménagement du bassin de la Vienne. Le Limousin est "le château d'eau de la France", selon lui. "Plusieurs cours d'eau importants prennent leur source dans le Limousin, dans le massif central." Mais finalement, "ce'est pas tant un château d'eau que ça...", observe-t-il.

Un sous-sol en granite

Le problème du Limousin, c’est qu’il repose sur un sous-sol en granite. Il faut imaginer sous la terre une plaque de marbre, presque imperméable. Il est donc impossible pour l’eau de s’infiltrer en profondeur. "Ici, pas de nappe phréatique. Les cours d'eau, ce sont des cours d'eau de surface", souligne Philippe Barry. C’est bien le problème pour les agriculteurs de cette région. Quand il pleut, la terre absorbe ce qu’elle peut, mais le sol ne stocke pas en profondeur.

Johannes Knies, agriculteur, a donc choisi de récupérer de l’eau l’hiver, en creusant un étang, car cela fait plusieurs années qu’il en manque. En 2022, un quart de sa production de pommes de terre est parti à la poubelle. Une question de survie pour lui. "C'est notre base, produire la nourriture pour manger", déclare-t-il. "Ça ne pousse pas dans les supermarchés. Pour la population, après, c'est le choix si on veut produire ici ou importer du Brésil".

De l'eau pour nous nourrir, mais aussi pour boire. La plus grande des cinq retenues qui alimentent Limoges en eau potable n'est remplie qu'à 60% de sa capacité. L'agglomération a donc prévu de prélever l'eau de la Vienne, exceptionnellement. Ce serait la quatrième fois en 25 ans. "Comme l'eau avait été perçue comme inépuisable, inaltérable et quasiment gratuite, on a utilisé l'eau un petit peu comme bon nous semblait : 'Je prends de l'eau, je la consomme, je la rejette", commente Jean-Emmanuel Gilbert, cofondateur de la société Aquassay à Limoges. Cet expert en eau aide les collectivités à faire leur transition hydrique, comprendre à ne plus gâcher la précieuse ressource.

"On pourrait tout à fait dire j'essaie de prendre moins d'eau, j'essaie de l'utiliser de manière la plus efficiente possible", propose le spécialiste de l'efficacité hydrique. "Éventuellement, je la recycle ou je la réutilise, je fais des cascades d'usage. Et à un moment donné, oui, elle va retourner dans le milieu naturel", affirme l'expert.

Mieux utiliser l'eau, c'est aussi éviter de la perdre

Moins prélever d'eau potable. C'est précisément avec cet objectif qu'un bâtiment public, qui accueille 10.000 personnes par an, a été construit en 2018, avec sur le toit un système de récupération d'eau de pluie. "L'eau tombe dessus, ruisselle et est capté par un système sous les dalles, qui va jusqu'à une cuve", explique Aurélien Curbelié, responsable au Centre national de la fonction publique territoriale (CNPFT) de Limoges.

"Sur ces 300 mètres cube de consommation qu'on a par an, c'est 200 mètres cube qui sont rendus possibles grâce à ce système là. L'eau captée sur le toit finit dans les toilettes. La couleur de l'eau est un peu particulière par la filtration des plantes. Il a fallu qu'on prévienne les usagers", indique-t-il. Pour le reste, le bâtiment est aussi raccordé au réseau d'eau potable de Limoges, qui dépense cette année 3 millions d'euros pour remplacer 12 kilomètres de conduite. 

Car mieux utiliser l'eau, c'est aussi éviter de la perdre au moment de sa distribution dans les maisons, et donc chasser les fuites.  "La surveillance des quantités d'eau mis en distribution se vérifie tous les matins en regardant les débits nocturnes", assure Marie Crouzoulon, directrice du cycle de l'eau à Limoges métropole. "S'il y a eu une évolution, l'équipe va sur place, écoute", et localise précisément l'endroit où changer la conduite, indique-t-elle.

C'est une prise de conscience collective. L'eau n'est pas inépuisable. Le propriétaire d'une maison, à Boisseuil (Haute-Vienne), voudrait la supprimer au fond de ce fossé, car l'humidité pourrit les murs de sa maison. Mais pour le maire, désormais, c'est impossible. "La politique d'aujourd'hui, ce n'est plus de combler les fossés comme ça se faisait à une époque", constate Philippe Janicot, maire de Boisseuil.

"C'est au contraire de les laisser, pour garder l'eau. C'est vraiment de la faire descendre de manière gérée, donc en douceur, qu'elle s'infiltre naturellement", développe l'édile. Un arrangement est finalement trouvé. L'eau sera détournée jusqu'à un terrain en aval, qui absorbera le trop-plein. L'Homme n'a jamais trouvé mieux pour stocker l'eau que de la garder dans le sol. 


La rédaction de TF1info | Reportage Sylvie Pinatel, Axel Charles-Messance

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