VIDÉO - "Ils prennent le bois et ils s'en vont" : l'appétit grandissant de la Chine pour les forêts françaises

par La rédaction de TF1info | Reportage Séverine Agi, Sylvain Thizy
Publié le 6 octobre 2023 à 10h48, mis à jour le 6 octobre 2023 à 21h23

Source : JT 20h Semaine

Depuis plusieurs années, des industriels chinois viennent acheter de grandes quantités de bois français.
En colère, les différents acteurs de la filière interrogés par TF1 dénoncent un pillage.

"Voir du bois partir en containers, on n'a pas l'habitude !". Guy Charron, adjoint au maire de Lans-en-Vercors (Isère), dévoile une photo sur laquelle on peut apercevoir des camions remplis de bois, dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. Il y en avait 17 au total. "On a interrogé le chauffeur, il nous a dit qu'il allait à Rotterdam pour prendre la mer et partir en Chine", explique-t-il, avant de s'offusquer : "Cela n'a pas de sens en termes d’écologie !". 

Les Chinois font monter les enchères pour le bois français. À la tête de la "scierie Eymard", entreprise familiale implantée en Isère depuis 125 ans, Stéphane Eymard n'avait jamais vu cela : "Je suis en colère car on parle de forêts qui ont été entretenues par nos aïeux, et là, il y a des gens qui débarquent, ils ne paient pas leurs impôts en France, aucune valeur ajoutée n'est mise sur le territoire. Ils prennent le bois et ils s'en vont. Ce n'est pas possible !", s'indigne-t-il. 

Le bois se vend traditionnellement aux enchères, où les entreprises chinoises sont prêtes à payer le prix fort. Lors du mois de septembre, Stéphane n'a pas pu s'aligner. Ses concurrents asiatiques ont proposé 45% de plus. Difficile de rivaliser dans ces conditions. 

Les Chinois, premiers consommateurs de bois au monde, ont d'énormes besoins et n'ont plus le droit d'exploiter leur forêt par manque de ressources. Ils viennent donc acheter du bois français. "On est en Europe, en France, il y a des règles de libre accès sur le marché. On n'a pas de légitimité à se renseigner sur le marché. On n'a pas de légitimité à se renseigner sur l'acheteur pour savoir ce qu'il fait ou ce qu'il ne fait pas", détaille Marjorie Guillon, directrice d'agence au sein de l'Office National des Forêts (ONF) d'Isère. 

Si le phénomène est présent dans les résineux, il existe aussi dans des proportions encore plus importantes pour certaines essences rares. "Voici le bois que l'on veut absolument garder en France", affirme Patrice Janody, dirigeant de la scierie LBSA à Viriat (Ain), en pointant du doigt plusieurs chênes sciés. Aujourd'hui, un tiers de ces arbres français partent en Chine avec des conséquences directes sur les scieries locales. 

"On a l'obligation d'augmenter nos prix d'achat pour pouvoir accéder à la matière. On a aussi eu l'obligation d'augmenter nos prix de sciage de l'ordre de 15% à 20% chez nos clients", témoigne le chef d'entreprise dans le reportage ci-dessus. Pour que la filière du bois française et ses 450.000 emplois tiennent bon face à la concurrence, l'État veut encourager les contrats en circuit court. C'est aussi le cas d'Alain Meunier, maire de Porte-des-Bonnevaux (Isère) : "On ne travaille quasiment qu'avec des gens de l'Isère. Il n'y a déjà plus beaucoup de scieries, il faut donc qu'on assure leur travail. Il faut qu'ils aient une lisibilité sur les volumes qu'ils ont, et qu'on leur garantisse des volumes de qualité"


La rédaction de TF1info | Reportage Séverine Agi, Sylvain Thizy

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