VIDÉO - Mobilisation contre les méga-bassines : les arguments des pro et des anti

par Audrey LE GUELLEC | Reportage TF1 Nicolas Hesse, Xavier Baumel
Publié le 24 mars 2023 à 16h34, mis à jour le 25 mars 2023 à 1h35

Source : JT 13h Semaine

Les autorités s'attendent à la venue de 7.000 à 10.000 manifestants dans les Deux-Sèvres samedi.
Ces derniers s'opposent à la construction de "méga-bassines" au milieu de champs.
Maudites par les défenseurs de l'environnement, ces retenues de substitution en eau sont jugées essentielles par les agriculteurs.

C'est dire si la crispation est à son comble. Le ministère de l'Intérieur a annoncé ce vendredi que 3.200 gendarmes et policiers étaient mobilisés dans les Deux-Sèvres ce week-end pour encadrer la manifestation contre les "méga-bassines". Les autorités s'attendent à la venue de 7.000 à 10.000 personnes, dont 1.000 "ultras" à Sainte-Soline.

Les organisateurs du rassemblement, à savoir le collectif "Bassines non merci", le mouvement écologiste des Soulèvements de la Terre et le syndicat agricole Confédération paysanne entendent retarder le chantier de seize retenues d'eau prévu dans un projet porté par une coopérative de 450 agriculteurs, avec le soutien de l'État. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

De quoi s'agit-il ?

Plus en détail, le terme "méga-bassine" renvoie à des réservoirs d'eau semblables à des piscines géantes creusés dans la terre afin d'irriguer les cultures en été quand les précipitations se raréfient. Généralement construites dans des champs ou des terrains vagues, elles peuvent mesurer jusqu'à dix hectares, soit l'équivalent d'à peu près dix terrains de foot, et atteindre dix à quinze mètres de profondeur, soit l'équivalent de 300 piscines olympiques en capacité de stockage. Comment sont-elles remplies ? Via un système de pompage qui permet de puiser l'eau dans les nappes superficielles et les cours d'eau en hiver, selon un principe de "substitution". 

S'il en existe déjà une centaine en France, plusieurs projets sont plus en ou moins avancés. Seize, d'une capacité totale d'environ 6 millions de mètres cubes, doivent notamment être créées principalement dans les Deux-Sèvres. Or, si ces dernières sont littéralement maudites par les défenseurs de l'environnement, elles sont considérées comme essentielles par les agriculteurs. "Ça peut leur permettre en temps de sécheresse, l'été quand c'est un peu plus dur à produire, de pouvoir bénéficier d'un peu d'eau pour faire pousser les cultures", insiste Jérémy Décerle, député européen et ancien agriculteur, dans le reportage de TF1 en tête de cet article.

Les arguments pour

Les défenseurs du projet de construction de méga-bassines mettent notamment en avant le fait que puiser en hiver permet d'épargner les nappes phréatiques et les cours d'eau l'été. Toujours selon ces derniers, les agriculteurs autorisés à puiser de l'eau dans la limite de seuils bien précis participent d'une certaine façon à la transition écologique puisqu'ils s'engagent en contrepartie à cultiver différemment. Enfin, ces retenues d'eau sont présentées comme une assurance vie pour les agriculteurs. 

"Il est indispensable qu'il aboutisse sur notre territoire sur lequel la moitié des exploitations irrigantes vont disparaitre", a témoigné l'un d'eux ce vendredi sur LCI, en référence au chantier prévu dans les Deux-Sèvres. "Sans réserve de substitution, on ne peut pas garantir la production agricole au niveau national", a abondé un second.

Les arguments contre

De l'autre côté de la balance, on argue tout d'abord que, à l'instar d'une piscine, l'eau des méga-bassines s'évapore, des experts estimant la perte à  20% environ. En second lieu, les contestataires pointent le fait qu'en pompant dans les sols, on les assèche encore plus, alors que ces derniers sont déjà à des seuils extrêmement critiques. 

Enfin, les opposants déplorent que les agriculteurs consomment toujours autant d'eau avec les méga-bassines, alors qu'il serait urgent d'envisager de revoir cette façon de consommer.  En d'autres termes, les méga-bassines reviennent à s'attaquer aux symptômes quand il y aurait lieu de s'attaquer à la maladie, résument certains observateurs. "On vient pour défendre l'eau, on voit partout dans les médias qu'il va falloir se restreindre par rapport à l'eau, on est là pour éviter qu'il y ait cet accaparement", lance dans le reportage de TF1 un homme qui se prépare à manifester ce week-end.


Audrey LE GUELLEC | Reportage TF1 Nicolas Hesse, Xavier Baumel

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