ENQUÊTE - Animaux sauvages : un trafic très français

par T.A. | Reportage TF1 : Elena DESPATUREAUX et Cléa JOUANNEAU
Publié le 27 novembre 2023 à 7h30, mis à jour le 27 novembre 2023 à 11h22

Source : TF1 Info

Le trafic d'animaux sauvages est le troisième le plus lucratif au monde après ceux de la drogue et des armes.
En Europe, la France est la plaque tournante de ce braconnage.
Comment l'expliquer ? Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

Un caracal et un serval retrouvés chez des particuliers. Ces dangereux félins, majoritairement originaires d'Afrique, ont été saisis par la police française il y a quelques jours, puis recueillis dans un refuge. "Il faut voir la taille que ça fait, ce n'est pas un chat : un animal comme ça qui s'échappe pourrait faire beaucoup de dégâts, explique Patrick Violas, fondateur du zoo-refuge La Tanière, dans l'enquête du 20H de TF1 ci-dessus. Les servals, les caracals... On nous appelle quasiment toutes les semaines, c'est énorme.

Ces félins, retenus en captivité, ne pourront plus jamais retourner à l'état sauvage. Certains spécimens arrivent blessés et doivent parfois être opérés pour survivre. Ils ont été victimes du trafic d'animaux sauvages, qui constitue le troisième plus lucratif au monde après ceux de la drogue et des armes. Le braconnage ne touche d'ailleurs pas que les félins : les oiseaux sont aussi touchés par le phénomène. Une espèce, le chardonneret élégant, est particulièrement ciblée par les trafiquants. Ils sont prisés pour leurs couleurs vives et leurs chants mélodieux. 

Parfois une centaine d'oiseaux capturés en une seule prise

L'Office français de la biodiversité (OFB) vient de recueillir plusieurs de ces animaux en Eure-et-Loir, chassés à la glu illégalement. "En fonction de sa beauté et de son chant, un chardonneret peut atteindre entre 80 et 300 euros pièce, ce qui en fait un trafic très lucratif", indique Alexandre Bertheau, chef d'une unité territoriale au sein de la structure. Grâce à des filets installés dans des champs, les braconniers peuvent parfois capturer une centaine d'oiseaux en une seule prise. 

Les oiseaux sont ensuite mis en vente sur le marché noir. Sur Internet, les annonces prospèrent. Comme vous pouvez le voir dans le reportage vidéo visible en tête de cet article, l'équipe de TF1 s'est fait passer pour un acheteur en ligne. Les échanges se font par textos. "200 euros la pièce, c'est un mâle brun, il chante très bien !", tente d'appâter un trafiquant. Sans certificat, comme dans ce cas, la possession d'un tel animal est par ailleurs passible de trois ans de prison et de 150.000 euros d'amende. 

Des profils de trafiquants parfois variés

Un vaste trafic international a été récemment démantelé en Île-de-France. 350 oiseaux ont été découverts, dont 63 spécimens protégés dont la détention est interdite. Johanna Van Herrenthals, policière à l'OFB, était en première ligne. "Rien qu'en Île-de-France, on a une douzaine d'enquêtes judiciaires au sujet des chardonnerets, explique la spécialiste. Ça peut être à la fois de la capture, de la détention ou du commerce, qui sont trois pratiques illégales." Les profils des trafiquants sont variés : amateurs, collectionneurs ou anciens dealers reconvertis. 

Certains oiseaux peuvent parfois être vendus plusieurs milliers d'euros à l'étranger pour des concours de chant. À cause de ce trafic, la survie de l'espèce est menacée. "Les ornithologues constatent un déclin des populations de chardonnerets qui est affligeant, note Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). On a perdu 30% des individus de cette espèce en vingt ans, c'est dramatique.

Les associations demandent des sanctions pénales plus fortes contre les trafiquants. Chaque année, 500.000 oiseaux sont braconnés en France. 


T.A. | Reportage TF1 : Elena DESPATUREAUX et Cléa JOUANNEAU

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